Sale temps pour les indigents ! La crise économique et financière a fait exploser le chômage un peu partout dans les pays industrialisés, et accentuer la précarité des ménages et les inégalités. Les cures d’austérité imposées à un pays comme la Grèce ont déclenché des récessions économiques. Il s’en est suivie une augmentation de la pauvreté, les effectifs venant grossir les rangs des demandeurs d’aide alimentaire. Rien que dans l’UE, ce ne sont pas moins de 81 millions de personnes qui vivent en deçà du seuil de pauvreté, et 13 millions qui bénéficient du programme d’aide alimentaire.
Aux États-Unis, le constat est sans doute encore plus terrifiant. Depuis le début de l’année 2008, le nombre de citoyens américains – si ce terme a encore un sens – ayant recours au Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), que l’on nommait autrefois Food Stamps, s’est considérablement accru. Entre 2006 et mi-2001, l’augmentation du nombre des bénéficiaires du SNAP a été de 76%, les effectifs passant de 26 à 46 millions d’individus (voir graphique). Les saisies immobilières ont explosé, jetant à la rue bon nombre de ménages, et la récession a occasionné une élévation du taux de chômage que le gouvernement ne parvient pas à faire reculer. La comparaison avec les années trente pourra surprendre, mais il se trouve que, selon des études américaines, certains hôpitaux, l’un se situant à Philadelphie, voient arriver dans les salles d’urgence, des enfants en état de carence alimentaire. Dès lors qu’un enfant est mal ou peu nourri, c’est sa croissance qui est menacée.
C’est au moment même où une forme de paupérisation des salariés resurgit que l’UE –plus exactement six pays membres parmi les plus riches dont l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni et la République Tchèque– contestent la légitimité du programme d’aide alimentaire au motif qu’il relève davantage des politiques sociales nationales que de la Politique agricole commune. Fallacieux argument, puisque le véritable –pour ne pas dire mesquin– enjeu est plutôt, et toujours, budgétaire. Bien plus, c’est sans doute une attaque à peine voilée contre la PAC en tant que telle. C’est aussi tout un idéal d’une Europe social qui vole en éclats. Si ces pays parvenaient à faire aboutir leur funeste projet, le budget consacré à l’aide alimentaire, de l’ordre de moins de 500 millions d’euros, chuterait à guère plus de 100 millions. On peut par conséquent comprendre les réactions des organisations caritatives, qui y voient une lourde menace pour la survie des populations les plus exposées aux difficultés à se nourrir. Voilà une belle entorse, une de plus pourrait-on dire, à la construction européenne, puisque la PAC contenait l’idée d’un approvisionnement régulier, en quantité et en qualité, aux populations des pays membres.
Cette charge contre les dépenses d’aide alimentaire n’est guère éloignée de celle que préparent les républicains américains. A quelques mois des discussions sur le prochain Farm Bill, ces derniers estiment en effet que, dans un contexte de dégradation vertigineuse des comptes publics, il convient de réduire drastiquement les dépenses agricoles, et, parmi elles, celles dédiées au système d’aide alimentaire. Alors que l’accès à l’alimentation est (re)devenu une question sérieuse, le projet des six pays membres de l’UE rappelle à quel point l’économie peut être cruelle et inhumaine. Conjuguez moi donc « être solidaire » à tous les temps et dans toutes les langues de l’UE.

Depuis l’éclatement de la bulle immobilière en août 2007, et le début de la crise en 2008, le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire aux Etats-Unis a explosé (+76%). Montée du chômage, expulsions hors des logements le plus souvent achetés à crédit (subprimes), les ménages américains n’ont d’autre choix que de se nourri par ce biais. Désormais ce sont plus de 45 millions d’américains qui ont recours au système d’aide alimentaire (SNAP) pour se nourrir. Pour l’État fédéral, les allocations s’élèvent à quelque 65 milliards de $.
Thierry POUCH, APCA, lettre économique octobre 2011