Votre Marguerite, la seule vache journaliste bovidé, vous salue ! Les fêtes approchent et les villages s’illuminent. Les enfants s’impatientent en rêvant aux cadeaux qu’ils vont recevoir… Malgré le côté un peu marketing du Noël humain, je les envie un peu… Chaque année, célébrer à l’unisson, la joie d’être ensemble, ça me fait rêver. Je sais ce que c’est d’être seul à Noël car pendant que les Hommes font la fête, leurs vaches se sentent un peu seules… A quand, un extra de nourriture et un petit cadeau pour nous ? Une brosse, pour les massages, par exemple !
Le mois dernier, j’ai évoqué la force qu’il faut pour recevoir une critique avec panache : un sacré challenge ! Ecouter et comprendre le fond de la critique, faire préciser les faits précis qui l’ont fait naître, vérifier qu’elle est justifiée sont autant d’étapes indispensables pour y parvenir. Mais, c’est aussi important d’accueillir ses propres émotions et de pouvoir s’exprimer librement…
Ça reste à travailler et à réactiver régulièrement. Entraînez-vous d’abord avec de petites critiques…
A l’heure des cadeaux, j’ai envie d’aborder la notion du don et de la dette qu’il crée. Par essence, le don est gratuit pourtant il appelle un rééquilibrage qui peut être un simple merci, ou un soutien donné au moment opportun ou le plaisir pris dans le don, la reconnaissance… Souvent cette dette là n’est pas verbalisée mais elle est là et pèse sur la relation.
Mettons que j’ai été sage toute l’année avec l’espoir d’avoir enfin mon matelas moelleux et confortable comme cadeau et qu’au lieu de cela je n’ai rien du tout ! Notre relation au père Noël et à moi risque d’être moins bonne ! Mais ce n’est pas le cas, je sais que je vais l’avoir mon tapis !
Quelle est la face cachée du don ?
La générosité est une valeur de l’homme (et de la vache qui lui permet de donner à l’autre parfois au détriment de son propre intérêt. Elle crée un lien entre le donneur et le receveur, une dette conscient ou inconsciente, implicite ou explicite qui invite à la réciprocité et à rétablir dans la mesure du possible, l’équilibre.
Par exemple, je donne mon lait et mon admiration à mon Gégé et j’attends de lui, (même dans ma grande générosité de coeur), du respect, de la nourriture et une petite caresse (ha, oui, une caresse !) de temps en temps. S’il ne rééquilibrait pas ce don, à plus ou moins long terme, ma dévotion s’étiolerait. (Si si, je suis vache mais je ne suis pas une victime !)
Voilà un autre exemple plus humain !
Michel, le père de Gégé est en retraite, il aime son métier et aurait bien du mal à ne plus travailler sur la ferme. Gégé se sent coupable et très redevable envers Michel de continuer à travailler sans salaire. Il se sent en dette et n’aime pas cela.
Souvent, ça le met même en colère contre Michel : «Il ne pourrait pas se reposer un peu, au lieu de travailler comme il le fait !».
Comme Gégé est impuissant (mais non mon Gégé !) à épurer sa dette, il est mal et il lui arrive parfois de manquer de respect à son père submergé par cette colère.
Michel est alors furieux de cette ingratitude et n’hésite pas à dire : «Je me tue au travail et c’est comme ça que tu me remercies !». Gégé est alors honteux et encore plus conscient de sa dette et encore plus en colère contre lui et contre Michel !
Pour remédier à la situation :
Je pouvais parler, je leur dirais :
«Michel, pourquoi travailles-tu encore sur l’exploitation ?».
Il répondrait certainement :
«Si je m’arrête, je meurs ! Et puis je me sens utile, je peux aider Gégé».
«Quand tu l’aides, a-t-il une dette envers toi ?»
«Non ! Pas de dette pour cela puisque c’est indispensable pour moi et que c’est mon choix d’adulte de continuer à travailler. J’y trouve mon compte. Cependant, il doit me parler avec respect, pas parce que je l’aide, ni parce que je suis son père, mais parce que le respect est une des valeurs que je lui ai apprise et qui est importante pour moi». (Il est super ce Michel !)
Snif !!! Je tombe dans le mélo et j’ai la larme à l’oeil (vous croyez que la vache qui pleure aurait le même succès que sa collègue qui rit ?)
Le don (travail non rémunéré) est donc compensé car Michel prend du plaisir à travailler et à aider son fils. Si les choses étaient dites clairement, leurs relations seraient meilleures et Gégé moins en colère !
DE MICHEL À GÉGÉ
"Pour la ferme, tu me l’as payée à ton installation et ta compétence en tant que chef d’exploitation m’a payée une deuxième fois ! Tu vois c’est moi qui ait une dette, mon fils ! Je suis heureux qu’enfin on puisse se parler et je suis fier de l’homme que tu es devenu !"
ET QUOI DEMANDER DE PLUS COMME BEAU CADEAU DE NOEL !!
Et vous qui croyiez que le don était l’action de donner sans contrepartie !
EN RESUME
Le don crée un lien entre le donneur et le receveur, il faut en avoir conscience et la verbaliser pour éviter ce cercle vicieux de la colère et de la culpabilité. Quand vous donnez, posez-vous cette question : Qu’est ce que j’attends en retour ? Quelle dette va peser sur l’autre ? Et quand vous recevez, demandez-vous quel est le contre-don attendu par l’autre, réellement ? Quel est le poids de cette dette pour vous ? Dans la mesure du possible, mettez des mots sur cet échange tacite !
Une histoire pour réfléchir : le beau coeur

Un jour, dans un village, un jeune homme dans la foule se tenait au milieu d’eux et affirmait avoir le plus beau coeur de toute la vallée. La multitude s’était approchée du jeune homme et tous étaient d’accord sur ce point : son coeur était parfait ! Aucune égratignure ou plaie sur son coeur et tous étaient unanimes qu’il s’agissait là du plus beau coeur qu’ils n’avaient jamais vus.
Le jeune homme était très fier et se vantait encore plus de son beau coeur parfait. Un beau jour, un vieil homme sorti de la foule et dit :
«Pourquoi ton coeur n’est-il pas aussi beau que le mien ?»
La foule et le jeune homme observèrent alors le coeur du vieillard. Il battait puissamment mais était plein de cicatrices et il y avait des morceaux en moins ça et là. Certains morceaux étaient greffés aux endroits où il en manquait. Ils étaient irréguliers et mal ajustés. Les coins étaient déchirés. Il y avait même des endroits où il manquait des morceaux. Les gens regardèrent avec étonnement :
«Comment pouvez-vous dire que votre coeur est le plus beau de tous ?»
Le jeune homme regarda le coeur du vieil homme et vit dans quel état il était et se mit à rire :
«Vous plaisantez ?» dit-il. «Comparez votre coeur au mien. Le mien est parfait et le vôtre est une ruine pleine de cicatrices et de déchirures !»
«Oui» répondit le vieil homme, «ton coeur est en effet très beau, mais je ne voudrais pas l’échanger avec le tien. Regardez, chaque cicatrice représente une personne à qui j’ai donné mon amour. Je déchire alors un morceau de mon coeur et le lui donne et souvent ces personnes me donnent un morceau de leur coeur en retour pour le mettre à la place du mien. Mais les morceaux ne sont pas exactement les mêmes. Les coins sont déchirés, je suis d’accord avec vous, mais cela me rappelle que nous avons partagé de l’amour entre nous.
Parfois je donne un morceau de mon coeur à quelqu’un d’autre, mais il ne me donne rien en retour. Ce sont les trous que vous voyez là. Donner son amour comporte des risques. C’est pourquoi ces trous me font du mal. Ils restent ouverts. Cela me rappelle que j’ai de l’amour pour ces gens et j’espère alors qu’un jour ils reviendront pour remplir mon coeur. Voilà», continua-t-il, «voyez-vous maintenant ce qu’est la vraie beauté ?»
Le jeune homme ne sût que dire et des larmes coulaient le long des joues. Il s’approcha du vieil homme, prit son coeur dans sa main et en déchira un morceau. Il l’offrit au vieillard avec des mains tremblantes. Le vieil homme accepta ce sacrifice et le déposa sur son propre coeur. Il en prit un morceau à son tour pour combler la plaie dans le coeur du jeune homme. Il ne passait pas exactement dans la plaie, il y avait quelques déchirures, mais le jeune homme regarda son coeur qui n’était plus parfait. Pourtant, il était beau, beaucoup plus beau qu’auparavant parce que l’amour du vieil homme circulait dans son propre coeur. Ils se prirent dans les bras et s’en allèrent ensemble
D’après le site de Michel POULAERT.
DICTON DE MARGUERITE :
POUR NOËL DON ET CONTRE DON D’AMOUR À VOLONTÉ