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Régions agricoles de Haute-Marne

Carte des régions agricoles en format pdf

Dix régions agricoles composent la Haute-Marne :
- Bassigny
- Plateau Langrois Amance
- Plateau Langrois Apance
- Vingeanne
Constituent un ensemble couramment appelé « Grand Bassigny »
- Barrois
- Barrois vallée
- Vallage
- Perthois
Souvent regroupées pour constituer le « Grand Barrois »
- Montagne
- Der ou Champagne Humide
LA HAUTE-MARNE, SES REGIONS AGRICOLES
rédaction : Jean Michel Desmet, DDAF

Le département de la Haute-Marne ne constitue pas une entité géographique homogène. Placé à cheval à la fois sur le bord mitoyen de deux grandes cuvettes et au contact des premiers reliefs des Vosges et du Morvan, il occupe une zone charnière qui fait communiquer le monde méditerranéen avec le Bassin Parisien et les provinces du nord-est.
Son relief s'identifie à un toit à deux pans dissymétriques d'orientation sud - sud-ouest - nord - nord-est partageant les eaux s'écoulant vers la Manche et la mer du Nord et vers la Méditerranée.
Le premier versant, le plus allongé, s'abaisse vers le nord-ouest, alimentant les bassins de l'Aube et de la Marne. Le second, plus court et plus pentu, se tourne vers le sud-est et la Saône.
Le versant tourné vers le Bassin Parisien se caractérise par les cotes concentriques successives qui dessinent la frontière des divers affleurements jurassiques du Barrois. De longs couloirs creusés par les rivières dans les calcaires et les marnes parcourent ce relief de côtes.
A l'inverse, le revers Sud-Est du Plateau de Langres ressemble plus à un empilage désordonné où les plateaux successifs créent un paysage festonné de promontoires, de gradins, de buttes séparés par des vallées plus encaissées, plus sculptées et ramifiées entre elles.


LA GEOLOGIE
L'originalité des différentes régions agricoles s'analyse à partir des traditions historiques, humaines, sociales, mais aussi en fonction de ses composantes physiques, en premier lieu de sa géologie.
Les caractéristiques actuelles des sols sont largement dépendantes du vécu géologique du territoire.
Celui de la Haute-Marne est marqué par l'ère secondaire. Tout commence il y a 200 millions d'années.
Sur le socle cristallin primaire, les formations géologiques issues de la sédimentation marine se sont empilées en couches horizontales d'épaisseur variable.

- Au Trias, les calcaires durs du Muschelkalk et la dolomie (50 m) puis les formations argileuses du Keuper (100 m) suivies d'un niveau de grès le Rhétien (30 m).

- Au Jurassique inférieur (le lias), la sédimentation est marneuse (Domérien - Toarcien sur 130 m).

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Au Jurassique moyen (dogger), les calcaires sont ensuite déposés en plusieurs couches très épaisses (170 m) correspondant aux étages du Bajocien, Bathonien, Callovien.

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Le Jurassique supérieur produit une nouvelle alternance de marnes (oxfordien inférieur sur 100 m), puis de calcaires (oxfordien supérieur), à nouveau des marnes (Kimméridgien 90 m) suivies de calcaires (Portlandien sur 100 m).

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Au Crétacé, apparaissent des formations tendres, sableuses et argileuses (Aptien, Albien) représentant environ 70 m, toujours entrecoupées d'étages calcaires (Hauterivien et Barrémien).

Cette structure mise en place a ensuite suivi les mouvements de son support, traduits par un affaissement au Nord-Ouest, un léger basculement en cette direction consécutif à un relèvement de l'encadrement hercynien correspondant à l'axe VOSGES-MORVAN, enfin un approfondissement au Sud-Est, origine de la dépression de la Saône.
Il en résulte une structure monoclinale du Sud-est vers le Nord-Ouest qui, façonnée au tertiaire, modelée par le gigantesque travail de l'érosion, découvre selon le même axe ses couches les plus anciennes au Sud-Est (APANCE - AMANCE) et ses plus récentes au Nord-Ouest (CHAMPAGNE HUMIDE et PERTHOIS).

Cette description sommaire montre comment s'articule le relief des cinq cotes principales (Portlandienne = BAR SUR AUBE, THONNANCE LES MOULINS ; Rauracienne = CHA'l'EAUVILLAIN, BOLOGNE, ANDELOT ; Bajocienne = CHALANCEY, LANGRES, CLEFMONT ; Domérienne = BAISSEY, MONTLANDON, MONTIGNY LE ROI ; Réhétienne = COIFFY LE HAUT, LAFER'l'E SUR AMANCE), cotes recoupant en biais le territoire de la Haute-Marne.

Ainsi se distinguent Champagne Humide, Perthois et Vallage appartenant à la partie la plus basse, du Bassigny, de l'Apance, Amance, Vingeanne constitutives du versant Sud-Est, la Montagne et le Barrois créant quant à eux la diagonale du département.

LA CHAMPAGNE HUMIDE - LE DER
Le DER est le plus champenois des pays haut-marnais. Inscrit dans la couronne de la Champagne Humide, frange typique de sables, limons et argiles issues des marnes de l'Albien et de l'Aptien, il s'identifie surtout par ses ondulations douces, son habitat à pans de bois caractéristique d'une région dépourvue de pierres.
A l'origine couverte de forêts (DER vient du celtique DERVOS désignant le chêne), cette contrée a été d'abord défrichée, puis asséchée par les moines dès le XIe siècle, plus tard vouée à l'élevage traditionnel seul possible sur des terres très humides. Après la dernière guerre mondiale, assaini par les grands travaux sur la VOIRE et ses affluents, puis drainé, le DER s'est transformé rapidement pour laisser place à une agriculture très structurée.
Favorisé par sa faible altitude (de 110 m à 200 m), un climat favorable autorisant des cultures à fort potentiel, cette région offre le visage d'une région prospère et dynamique davantage spécialisée en production laitière autour d'ateliers importants.
Le maïs (ensilage ou grain) reste la culture dominante parmi l'ensemble des céréales produites.

LE PERTHOIS
Extrémité Nord de la Haute-Marne et subdivision de la couronne de la Champagne Humide, le Perthois marque le débouché de la Marne dans sa plaine alluviale, quittant une vallée étroite pour embrasser à partir de SAINT DIZIER de plus vastes étendues.
Par ses sols, limoneux, sableux ou graveleux, différents des sols du bassin de la Voire, par sa physionomie plate et régulière en terrasses, il annonce la campagne marnaise tournée vers la grande culture.
L'aptitude culturale des sols favorise sa vocation céréalière et explique la très forte régression de l'élevage disparaissant de certains villages.

LE VALLAGE
Si la première image sélective de cette région tient dans l'activité industrielle et métallurgique autour de BROUSSEVAL - WASSY, il est plus difficile d'identifier le vallage rural.
Une correction est même nécessaire d'autorité. La ville de JOINVILLE (en Vallage) n'appartient pas à la région agricole du Vallage, mais à la vallée de la Marne autrefois dénommée Vallage.
Zone de transition entre le Barrois et la dépression de la Champagne Humide, le Vallage est enchâssé dans un relief de cotes séparant les vallées de la MARNE, de la BLAISE et de la VOIRE. Ses sols témoignent de la diversité géologique correspondant au passage Jurassique-Crétacé soumis aux actions érosives et modificatives des dernières époques géologiques.
En général, plus accidenté et d'une altitude supérieure au Der (200 - 350 m), il s'apparente à la dernière marche du Barrois dont il conserve en matière d'habitat et de structures la plupart de ses caractéristiques agricoles.
Cette activité est essentiellement tournée vers la grande culture basée sur les céréales traditionnelles. La montée en puissance du colza et des oléagineux se substitue en importance de surface à la superficie résultant de la réduction de la surface toujours en herbe.
LE BARROIS
Compris entre trois reliefs de côtes, le Barrois rassemble des plateaux similaires aux sols superficiels ou peu profonds sur calcaires durs du Jurassique moyen ou de l'étage Portlandien. De grands massifs forestiers y côtoient de vastes étendues agricoles. Cet ensemble concourt à un habitat groupé mais distant.
Malgré son relief tabulaire, aux sols secs et perméables, cette vaste zone centrale, de loin la plus importante en superficie du département, présente une diversité trouvant son origine dans les entailles, les courbes, les couloirs tracés par l'érosion en général, les rivières en particulier. Ces découpes transversales orientées Sud-Nord regroupent l'habitat.
Les fortes épaisseurs des bancs calcaires confèrent au Barrois sa seconde originalité, celle d'abriter des écoulements souterrains, liés au système karstique ou perméable en grand. Ils nourrissent, au contact des strates imperméables, des lignes de sources ou des résurgences caractéristiques : le Cul du Cerf Source Bleue à VILLIERS SUR MARNE, la Dhuy à COLOMBEY LES DEUX EGLISES.
D'une agriculture traditionnelle liée au système mixte élevage-culture, le Barrois a vu ses exploitations d'abord se transformer en système mixte culture élevage, puis depuis 1979 se spécialiser et se tourner vers la grande culture. Parallèlement à la disparition d'un nombre important d'exploitants, les structures se sont largement agrandies augmentant l'impression d'espaces ruraux standardisés travaillés par des moyens mécaniques de plus en plus puissants.
Le Barrois reste la zone de prédilection de la culture du blé, de l'orge d'hiver et du colza.

LE BARROIS - VALLEE
Limitée à quelques communes de la vallée de l'Aube et de l'Aujon (CHA'l'EAUVILLAIN) et du revers Nord-Est de la côte Rauracienne (de JONCHERY à BOLOGNE et VIEVILLE), cette dénomination ne qualifie pas une vallée au sens strict, mais plutôt une plaine ou une dépression dont le tracé est parallèle au relief de la côte.
Bénéficiant de sols plus profonds développés sur des marnes, d'une altitude généralement inférieure à 300 na, le Barrois-Vallée offre de bonnes conditions naturelles de développement à la céréaliculture.
IIl s'interprète comme un lieu distinct du Barrois plus en vertu de critères favorables qu'en raison d'un réel distinguo social ou économiquo-agricole. progression traduite par l'émergence d'un système élevage - culture ou production laitière - culture, un renforcement des structures spécialisées pour 70 % d'entre elles en élevage laitier.
Céréaliculture sur les plateaux du Barrois
LA MONTAGNE ET LE PLATEAU LANGROIS
Vastes zones du sud du département, elles forment d'une part la partie la plus élevée du plateau de Langres et d'autre part un ensemble assez disparate de plateaux pauvres sur les formations géologiques secondaires du Jurassique moyen en continuité des hauts plateaux bourguignons.
Ce relief de tables successives donne des paysages austères et puissamment charpentés par les zones dégagées en alternance avec les masses larges et sombres des bois. Les ruptures sont rares, le réseau hydrographique simplifié.
L'altitude souvent supérieure à 300 m et dépassant 500 m en ses points culminants, les sols superficiels sur un substrat perméable, l'exposition aux vents dominants et un climat assez rude sont autant de handicaps pour l'agriculture. Autrefois couverts de nombreuses pâtures et de pelouses rases, la fertilisation aidant, les sols sont plus cultivés. Son paysage se modifie progressivement.
Le système mixte élevage dominant - culture des années 1970 a régressé et une nette tendance à la spécialisation vers les grandes cultures et vers l'élevage laitier l'a inversé en système mixte culture - élevage.
Les structures sont importantes et supérieures à 100 hectares par exploitation à temps complet.
LE BASSIGNY
Traditionnellement entendu comme la vallée de la Meuse, prise dans son sens le plus large, cette vaste dépression pourrait se traduire par le premier affaissement du relief central donnant forme à une cuvette s'étranglant à mesure qu'elle se rapproche de la Lorraine.
Le Bassigny présente une unité de structure de sols issus de la période du Lias, hydrographique et même une unité de civilisation aux caractères lorrains marqués notamment en ce qui concerne son habitat.,
Bien encadré par les côtes Bajocienne et Domérienne (LANGRES - DAMPIERRE - CLEFMONT - GONCOURT d'une part, PLESNOY - MONTIGNY LE ROI - BOURMONT d'autre part), il se singularise par les buttes-témoins (MEUVY - CHOISEUL).
Il constitue un panorama ouvert, les villages à flanc de coteau sont proches, visibles les uns des autres.
Autrefois région uniquement herbagère en raison des terres argileuses lourdes, profondes et humides, difficiles à travailler, le Bassigny, à l'aspect de bocage ouvert, était le siège de structures modestes et nombreuses consacrées à la production laitière.
Les améliorations foncières et l'assainissement des sols ont entraîné une forte progression traduite par l'émergence d'un système élevage - culture ou production laitière - culture, un renforcement des structures spécialisées pour 70 % d'entre elles en élevage laitier.
A Choiseul, une des nombreuses buttes témoin du Bassigny
L'APANCE
L'Apance tire son nom de la petite rivière, affluent le plus septentrional du Bassin Rhodanien.
Elle présente un relief à la fois varié et vigoureux, des vallées très formées et des crêtes arrondies traduisant bien les effets d'une érosion active exercée sur les substrats du Trias, les plus anciens pour la Haute-Marne.
De tout temps, zone frontalière, cette région a été soumise à des influences multiples, lorraine et comtoise visibles dans l'architecture locale.
Les sols de la région de l'Apance, développés sur des terres argilo-siliceuses, sur des marnes difficiles ou des argiles lourdes, justifient la prédominance de la prairie et d'une agriculture traditionnelle dont révolution a été plus tardive que dans la région voisine du Bassigny.
La structure moyenne reste inférieure à 80 hectares. La part des exploitations de plus de 100 hectares ne dépasse pas 40 %.

L'AMANCE
L'Amance (HORTES - VARENNES SUR AMANCE - VOISEY) tire également son nom de la rivière principale. Elle présente une vallée majeure et des vallons adjacents en U, traduisant comme autant de coups de griffe, l'agression du plateau ancien qui l'alimente. Ce caractère donne un paysage complexe de collines, de plateaux, de vallées aux tracés confus.
Les sols y sont difficiles, lourds et humides. Les vallées principales sont inondables. Les structures restent modestes, signe également du maintien d'une exploitation traditionnelle. La culture ne représente que 20 % de la S.A.U. tournée vers la spécialisation laitière et l'élevage. Les coteaux, autrefois occupés par les vergers, la vigne sont délaissés sauf à COIFFY LE HAUT. Comme la région d'Apance, l'Amance souffre d'une certaine déprise foncière.

LA VINGEANNE
Au pied du plateau langrois et tournés vers le Sud, ces gradins successifs sont les témoins de la crise tectonique marquant la fin de l'ère tertiaire.
Traversée par la faille de CHALANCEY - CHALINDREY - PURGEROT, cette région est également le lieu de nombreuses dislocations et de failles plus petites orientées Sud-Ouest - Nord-est, lesquelles ajoutent autant d'éléments singuliers locaux.
Une certaine bivalence s'applique facilement à la Vingeanne : bourguignonne au Sud lorsque ses sols sont calcaires, comtoise à l'Est dès lors que l'on rencontre les marnes, constructions calcaires de bonne facture d'une part, maçonneries de pierres gréseuses d'autre part. Les sols souffrent encore d'humidité, sauf sur les calcaires et expliquent les freins de cette agriculture.
Les caractéristiques agricoles évoluent d'un type "Amance" vers un type "Montagne". La culture a plus progressé que dans la région de l'Amance et dépasse les 30 % de la S.A.U. L'exploitation moyenne se tourne vers un mode mixte d'exploitation tout en conservant un troupeau laitier performant. Dans sa partie bourguignonne, les exploitations sont plus spécialisées en production céréalières.