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Produire du lait à une autre saison 
La production laitière se caractérise par une forte saisonnalité de ses livraisons, elle connaît une période de forte production de décembre à mai et un creux sur les mois de juin à septembre. Ainsi, cette répartition inégale n'est pas sans conséquence sur la filière.
En période d'excédents tout le lait ne peut être transformé en produit de grande consommation  (PGC) et le surplus fini en produits industriels (beurre et poudre de lait), alors que pendant les mois déficitaires, les usines doivent acheter du lait au prix fort. C'est ainsi qu'une part non négligeable du volume livré en laiterie est mal valorisée.
Une question renforcée par la réforme de la PAC
La dernière réforme de la PAC a introduit une baisse des prix de soutien sur le beurre et la poudre ainsi qu'une limitation des volumes d'interventions sur ces produits. Depuis les entreprises laitières ont eu tendance à délaisser les produits industriels au profit des PGC  créant ainsi des tensions sur ce dernier marché ; le risque à terme étant de connaître une situation de surproduction de PGC qui conduira inévitablement à une chute des prix (effet domino souvent décrit).
De ce fait, la préoccupation actuelle est d'engager une réflexion visant à obtenir une meilleure linéarité de la collecte et de mesurer les impacts pour les producteurs d'un changement de saison de vêlage qui en découle nécessairement.
Les vêlages d'automne induisent le déficit de lait d'été
L'évolution des exploitations laitières sur les dernières décennies marquée par l'agrandissement  et le retrait progressif de l'utilisation du pâturage dans l'alimentation des vaches au profit de l'ensilage de maïs, a conduit les élevages à faire vêler en automne. La grille de paiement favorable à cette évolution y a également contribué. Aujourd'hui les systèmes laitiers modernisés semblent avoir trouvé un équilibre autour de vêlages intervenant en automne qui permettent notamment, dans nos exploitations de polyculture élevage, de limiter la concurrence de travail entre les récoltes et les mises-bas. Cette répartition des vêlages conduit à une production fortement saisonnée qui n'est plus en phase avec la demande des entreprises laitières.
Seuls les petits systèmes laitiers herbagers, avec le plus souvent des bâtiments entravés, une alimentation hivernale à base de foin et du pâturage estival, produisent une proportion importante de leur lait durant l'été. Mais ce sont aussi les systèmes les moins nombreux et on peut le penser, les moins pérennes ! Dans le même temps le développement des grandes exploitations de polyculture élevage, dotées de gros quotas, conduit naturellement à un étalement des vêlages et des livraisons et devrait donc contrebalancer à terme la diminution des petites exploitations herbagères.
A court terme cependant, sans action incitative pour une autre répartition des vêlages et des livraisons, l'irrégularité de la collecte pourrait s'amplifier. Pour une livraison régionale plus linéaire il conviendrait que les producteurs qui pratiquent des vêlages d'automne évoluent vers des mises bas de printemps ou étalées sur l'année.
La saison de vêlage : Peu d'effet sur le revenu du producteur …
Dans une étude confiée à l'Institut de l'Elevage et aux Chambres d'Agriculture de Lorraine dans le cadre du dispositif partenarial des réseaux d'élevage, l'intérêt économique d'un changement de période de vêlages, n'apparaît pas à lui seul susceptible d'encourager des évolutions de  stratégie  pour les producteurs laitiers faisant vêler en automne.
L'amélioration significative du prix payé à l'éleveur, plus particulièrement avec des vêlages de printemps, ainsi que la prime de saisonnalité pratiquée par les laiteries, pourrait néanmoins convaincre certains éleveurs de franchir le pas.
… mais avec de multiples conséquences sur le fonctionnement de l'exploitation
Cette prise de décision devra se faire au regard de l'ensemble des incidences induites par le changement de saison de vêlages. Parmi les inconvénients majeurs communs aux vêlages étalés ou de printemps on trouve l'impossibilité de faire pâturer tout ou partie des génisses en première année ce qui contraint l'éleveur à garder ses jeunes animaux en stabulation durant l'été. Cela génère des besoins supplémentaires en fourrages conservés et en concentrés avec pour effet d'augmenter les surfaces en maïs ou de diminuer la place de l'atelier viande lorsqu'il existe. Se pose également le problème de la mise à la reproduction de génisses pendant la période de pâturage.
De façon plus spécifique, les vêlages étalés exigent une rigueur permanente dans le suivi de la reproduction. Cette exigence est peut être plus facile à obtenir dans les grosses exploitations où la main d'œuvre est spécialisée. Il faut aussi dans ce cas, pendant la phase d'élevage, gérer un nombre plus important de lots d'animaux avec les conséquences qui en résultent sur le plan des bâtiments et du travail.
Quant aux vêlages de printemps ils ne permettent pas une bonne valorisation des surfaces en herbe en automne. Ils nécessitent plus de surfaces en bâtiment et génèrent une concurrence dans les travaux au moment des récoltes de foin et des moissons.
Le nécessaire compromis entre producteurs et entreprises reste à trouver
Pour les laiteries la stratégie la plus rapidement efficace en matière de régularité de la collecte serait d'encourager la pratique du vêlage de printemps dont l'effet correctif sur la répartition de la collecte est beaucoup plus important que celui des vêlages étalés. Mais pour les éleveurs, cette stratégie est très lourde de conséquences sur le fonctionnement de l'exploitation.
L'évolution vers des vêlages étalés pourrait se faire plus naturellement du fait de l'accroissement de la taille des troupeaux et du développement du zéro pâturage pour les vaches mais son effet sera plus lent et plus modeste sur le profil de la collecte laitière  d'autant que dans le même temps les petites structures herbagères qui produisent une bonne proportion de lait en été semblent appelées à disparaître.
Pour les laiteries la stratégie la plus rapidement efficace en matière de régularité de la collecte serait d'encourager la pratique du vêlage de printemps dont l'effet correctif sur la répartition de la collecte est beaucoup plus important que celui des vêlages étalés. Mais pour certains éleveurs, cette stratégie est très lourde de conséquences sur le fonctionnement de leur exploitation.
L'équipe des réseaux d'élevage
Pour la Chambre d'Agriculture de Haute-Marne : Daniel COUEFFE
Pour l'Institut de l 'Elevage : Dominique CAILLAUD
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