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FAUT il continuer à faire du bœuf LAITIER ?
Dans les exploitations laitières avec une part de prairies importantes, le bœuf s'est trouvé conforté depuis l'instauration des quotas laitiers, place renforcée en 1992 avec l'instauration des primes bovins mâles. Economiquement et en terme de simplification de travail, il a largement fait ses preuves. De plus, il a permis aux exploitations de consolider leur niveau de DPU. Aujourd'hui, avec la nouvelle PAC, un certain nombre d'éleveurs se pose des questions quant à l'avenir de leur atelier de bœufs.
la valorisation des surfaces en herbe est rarement prise en compte
Avec le découplage des aides, certains éleveurs sont tentés de remplacer leurs bœufs par des  taurillons. Les arguments souvent évoqués sont les cours actuels de la viande favorable au jeune bovin, les places en bâtiment, la réduction du cycle de production. Mais dans ce changement de stratégie la valorisation des prairies est rarement prise en compte. Sur le schéma ci-dessus, nous avons pris l'exemple d'une exploitation qui remplace ses 18 bœufs (3 catégories d'âge hivernées soit 54 places dans les bâtiments) par 27 taurillons (2 catégories d'âge hivernées soit 54 places dans les bâtiments). Dans la situation initiale, les 18 bœufs consomment uniquement de l'herbe sous forme de pâturage et de foin. Avec des taurillons, pour limiter l'augmentation de surface en maïs ensilage, on intègre 1/3 d'ensilage d'herbe dans la ration. Malheureusement cela ne suffit pas pour valoriser correctement toutes les prairies et on dégrade le revenu de 2400 €. De plus on complique le système d'exploitation en augmentant la charge de travail avec des silos ouverts toute l'année et des animaux dans le bâtiment en été, ce n'était pas le cas dans la système initial.
Le taurillon consomme peu d'herbe
Dans l'exploitation initiale de notre exemple, les 18 bœufs valorisent 22 ha de prairies à côté des vaches et des génisses du troupeau laitier. Par contre les 27 taurillons, malgré 1/3 de leurs besoins sous forme d'herbe, ne consomment que 5 ha de prairies. Au delà de cette proportion, on constate généralement une baisse de croissance. Pour valoriser correctement les 22 ha d'herbe, il faudrait mettre en place un atelier de 115 taurillons ! Ceci paraît tout à fait inconcevable sur le plan pratique (augmentation de la charge de travail) et sur le plan financier (la conjoncture actuelle ne permettrait pas de faire face à la construction d'un bâtiment taurillons). En résumé, en exploitation laitière, le taurillon n'est techniquement et économiquement intéressant que dans les exploitations avec pas ou très peu d'herbe à valoriser et qui disposent de places en bâtiment adapté.
La vache allaitante non primée retrouve un certain intérêt sur le plan économique…
En fait, dans les exploitations laitières avec une part d'herbe relativement importante, le choix ne doit pas se focaliser entre le bœuf et le taurillon mais plus logiquement entre le bœuf et la vache allaitante. Sur le schéma ci-dessus on remplace les 18 bœufs de 36 mois par 17 vaches nourrices non primées. Les génisses sont toutes gardées soit pour le renouvellement soit pour la viande. Tous les mâles sont vendus en broutards à 9 mois. Les prairies restent alors correctement valorisées. Du fait du découplage des primes bovins mâles, on ne dégrade pas l'EBE, au contraire on l'améliore de 2000 € grâce à une plus value sur le prix de la viande.
Avant la réforme de la PAC, il était plus intéressant de faire des bœufs que des vaches allaitantes non primées. Depuis la mise en place du découplage des aides la tendance s'est inversée.
…mais la charge de travail est plus importante.
Mais l'argument économique ne doit pas être le seul critère à prendre en compte dans le remplacement des bœufs par des vaches allaitantes :
· on peut loger et conduire les boeufs avec les génisses du troupeau laitier, alors qu'il faudra revoir la conception du bâtiment pour loger des vaches allaitantes,
· la gestion du parcellaire peut être plus délicate avec le taureau des vaches allaitantes et éventuellement celui des génisses de renouvellement
· la capitalisation initiale dans un cheptel allaitant est importante (le supplément d'EBE est consommé par l'annuité consécutive à cette capitalisation) et seules les exploitations à bonne situation financière pourront le faire,
· il ne faut surtout pas négliger l'augmentation de la charge de travail (surveillance des vêlages notamment).
Si ces quelques contraintes peuvent être levées, alors le remplacement des bœufs par des vaches allaitantes, même non primées, devient intéressant. Cela est d'autant plus vrai dans les élevages où on doit acheter des veaux mâles pour faire des boeufs. Dans ce cas, la mise en place d'atelier allaitant évite ces achats extérieurs et tous les risques sanitaires qui les accompagnent
Le bœuf reste donc une valeur sûre.
En conclusion, le remplacement des bœufs par des taurillons dans les exploitations laitières avec une surface en prairies moyenne ou importante est une erreur sur le plan pratique, technique et surtout économique. Objectivement, c'est entre les bœufs et les vaches allaitantes qu'il faut recentrer le débat ou les ovins pour les éleveurs motivés par cette production. Même si les vaches nourrices sont gagnantes sur le plan économique, les bœufs laitiers, qu'ils soient abattus à 28 ou 36 mois, gardent tout leur intérêt surtout pour les petits et moyens ateliers, le différentiel économique n'étant pas suffisamment important pour compenser les contraintes de bâtiment et de travail. Finalement le bœuf de race laitière a encore de beaux jours devant lui.
L'équipe des réseaux d'élevage bovins lait, pour la Haute-Marne
Daniel COUEFFE