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FAUT IL SEMER DES PRAIRIES ?

En 1992, l'instauration des primes SCOP a entraîné une très nette baisse des semis de prairies temporaires. Dans notre région, les éleveurs ont logiquement nourri leurs animaux avec des prairies permanentes obligatoires largement présentes complétées par du maïs ensilage pouvant bénéficier de la prime. Depuis cette année avec l'instauration du découplage de 75 % des aides SCOP, certains éleveurs sont tentés de semer des prairies, comme la luzerne par exemple, pour des raisons agronomiques ou zootechniques. Que faut-il en penser ?
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Il ne faut pas décider d'introduire de la prairie temporaire simplement sur des critères techniques : tête d'assolement et rationnement animal. Contrairement à certaines idées reçues,
le fait de remplacer une partie de ses céréales par de la prairie temporaire, n'entraîne pas seulement la perte des 25 % de l'aide SCOP qui reste couplée (environ 90 €/ha); cela provoque aussi des modifications dans la gestion du système fourrager et diminue les ventes de culture. L'équilibre herbe-maïs doit être analysé, le type et le nombre d'animaux et le niveau d'intensification doivent être éventuellement modifiés.

Un plus dans dans les zones labourables...

Le semis de prairies, comme la luzerne par exemple, dans les élevages ayant une forte proportion de maïs présente de nombreux avantages :
· intégrer une nouvelle tête de rotation dans l'assolement
· allonger les rotations pour limiter les problèmes de désherbage et de résistance aux maladies
· apporter des fibres dans les rations acidogènes et favoriser ainsi un meilleur fonctionnement de la panse
· limiter les apports d'azote sous forme de concentrés
· rajouter de la pâture pour ceux qui n'en ont pas suffisamment
Exemple pour un troupeau de 50 vaches laitières en zéro pâturage :
la prairie temporaire pourquoi pas mais pas partout !.
Sur le plan économique, les répercussions de cette modification seront très faibles, à condition que les prairies qui existent soient correctement valorisées. En effet, la baisse de produit sera limitée à seulement 2 ha de céréales. De plus une partie de cette somme sera compensée par une légère hausse des rendements grâce à une meilleure rotation, des charges moins élevées sur prairies temporaires que sur maïs et une diminution des problèmes alimentaires limitant les frais vétérinaires. Dans tous les cas, les éleveurs envisageant de semer des temporaires, devront recaler leur système fourrager avec l'introduction de ce nouvel aliment : proportion d'ensilage herbe ou de foin, modification de la complémentation en concentrés, réduction de la surface en maïs, etc. L'intérêt serait encore plus marqué si les prairies semées étaient valorisées sous forme de pâturage

…mais souvent un moins dans les zones herbagères.
Dans nos zones de polyculture élevage, on a la plupart du temps des prairies permanentes à valoriser. Le vrai souci des éleveurs est avant tout de consommer l'herbe disponible sur leurs exploitations. Dans ces systèmes, la prairie temporaire ne va plus venir en concurrence avec le maïs ensilage (déjà limité dans les rations), mais elle va plutôt venir s'ajouter aux stocks d'ensilage d'herbe et de foin déjà disponible sur l'exploitation.

Exemple pour un troupeau de 50 vaches laitières (2 kg de MS de foin toute l'année) :
Dans ce type d'exploitation, l'introduction de la luzerne entraîne une diminution du produit de 5 ha de céréales, faiblement compensée par l'économie de charges sur les cultures. En parallèle, on engendre des stocks de foin, d'ensilage d'herbe ou des refus dans les pâtures. Pour limiter la baisse d'EBE, il faudrait les faire consommer par des animaux valorisateurs d'herbe (bœufs, vaches allaitantes ou brebis). Mais ces animaux vont entraîner des besoins en bâtiment et main d'œuvre supplémentaires. Dans le contexte économique actuel, ils ne compenseront jamais le manque à gagner sur les céréales. Dans ces exploitations le semis de prairies temporaires va obligatoirement entraîner une baisse de revenu. Si l'éleveur doit régler des problèmes d'alimentation (acidose par exemple), il est sans doute plus économique de le régler avec les stocks d'herbe disponibles sur l'exploitation : reculer la date de récolte de l'ensilage d'herbe distribué aux laitières ou favoriser la consommation du foin en le déroulant sur toute la longueur d'auge par exemple plutôt que de semer de la luzerne.

Ne pas tout attendre de la rénovation des prairies permanentes.
Pour améliorer la qualité de leurs prairies permanentes, certains éleveurs sont tentés de les rénover soit par désherbage sélectif suivi d'un sursemis, soit par désherbage total suivi d'un semis sans labour, soit par un labour suivi d'un semis. Mais attention ces méthodes ne doivent être envisagées qu'après être sûr qu'on exploite bien ses prairies : bonne gestion du pâturage, récolte des excédents, fauche éventuelle des refus et fertilisation adaptée. Dans le cas contraire, ces techniques de rénovations, souvent coûteuses n'auront aucun effet bénéfique. Bien au contraire, un désherbage non adapté peut éliminer des espèces intéressantes, les résultats en sursemis sont souvent aléatoires (sol compact, semences moins faciles à recouvrir de terre) et un labour peut complètement bouleverser un milieu fragile. De plus si on ne change rien à ses pratiques, même si la technique de rénovation a fonctionné, la qualité de la flore va très vite se dégrader à nouveau. A l'inverse, dans un bon nombre de cas, une amélioration de ses pratiques d'exploitation permettra d'améliorer la flore de ses prairies sans avoir recours à des techniques de rénovation, souvent coûteuse, qui doivent être à réserver aux cas extrêmes (prairies fortement dégradées où les bonnes pratiques de gestion de l'herbe ne suffisent pas à retrouver une flore de qualité).

Avant tout, bien exploiter ses prairies permanentes...
En conclusion, avant d'envisager de semer des prairies temporaires ou de faire du sursemis, il est indispensable de vérifier si on exploite correctement ses prairies permanentes :
· calculer globalement la valorisation de ses prairies avec votre contrôleur laitier ou votre technicien d'élevage. Objectif : 5 à 5.5 tMS/ha avec 0 unités d'azote et 6 à 6.5 tMS/ha avec 50 à 80 unités d'azote.
· fertiliser en fonction du niveau d'intensification et du mode d'exploitation
· bien gérer ses pâtures, charger fort au printemps, décharger ensuite :

0 unités d’azote80 unités d’azote
Printemps40 ares/ugb25 ares/ugb
Début été60 ares/ugb45 ares/ugb
Fin été80 ares/ugb65 ares/ugb
· récolter les surfaces non pâturées sous forme d'ensilage d'herbe et de foin
· si possible, alterner sur une même parcelle fauche et pâture
· répartir ces stocks fourragers aux animaux présents sur l'exploitation et compléter avec du maïs ensilage et/ou des prairies temporaires seulement si cela est nécessaire.

L'équipe des réseaux d'élevage bovins lait
Pour la Chambre d'Agriculture de Haute-Marne
Daniel COUEFFE