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2009 : une année noire pour les éleveurs laitiers

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La chute drastique du prix du lait, qui s'est opérée à partir de l'automne 2008  pour se prolonger toute l'année 2009, se traduit par une baisse de plus de 50 % des revenus des éleveurs laitiers français.
Dans nos zones de polyculture élevage de l'Est de la France, les productions associées à l'activité laitière n'ont pas permis d'enrayer la chute des revenus ; au contraire dans les exploitations les plus tournées vers les cultures de vente, la baisse est encore plus marquée.
Malgré de très bons rendements végétaux …
L'année 2009 se classe parmi les bonnes années fourragères que ce soit au niveau des récoltes d'herbe ou de maïs. Pourtant les premières coupes de foin étaient en retrait par rapport à la normale en raison de fauches précoces et de la moindre fertilisation mise en œuvre. Malgré un mois d'août sec, il y a eu beaucoup de regains et avec de bons rendements. Les rendements en maïs ensilage ont été très bons, supérieurs à ceux de 2008 qui était déjà une bonne année. Ces bonnes récoltes permettent d'envisager sereinement l'hiver.
La moisson 2009 se caractérise par de très bons rendements en céréales à paille et d'excellents rendements en colza, en hausse de 5 q par rapport à la récolte précédente.


Des livraisons laitières en légère baisse
Comparativement à 2008, la collecte laitière était en net retrait sur les trois premiers mois de l'année ; d'avril à août elle a été supérieure et en automne elle est à nouveau tombée en dessous des niveaux de 2008. Au final pour l'année 2009, la collecte laitière devrait dans nos régions être en diminution de 1 à 2% par rapport à 2008. Sur la France entière le retrait est plus marqué et devrait être de l'ordre de 5%. Ce repli est sans doute lié à la conjoncture morose mais surtout au gel du dispositif d'allocations provisoires.
Les revenus plongent vertigineusement !
Le produit brut des exploitations laitières est d'environ 15 % inférieur à 2008. Le produit de l'atelier lait est en baisse de 18 %  en raison de la chute de 16 % du prix du lait et d'une légère diminution des livraisons. Malgré les très bons rendements des céréales et du colza, le produit des grandes cultures  se replie de 20 à 30 %. Seul le produit des ateliers viande résiste un peu mieux même s'il enregistre une baisse de 6 à 7%.
Dans le même temps les prix des intrants sont restés à des niveaux élevés. Malgré la baisse de 24% du prix des carburants, les coûts des engrais minéraux utilisés pour les récoltes de l'année sont en nette progression (la baisse  n'a été ressentie  qu'à partir de l'été). Le prix des concentrés a légèrement baissé mais les tourteaux de soja sont restés longtemps à un prix très élevé. Globalement les charges opérationnelles des exploitations laitières sont restées au niveau de l'année 2008.
Dans les conditions de bonne maîtrise des fermes des réseaux d'élevage, les marges des ateliers sont toutes en baisse :  de 45 à 60 % pour les cultures de vente, de 20 à 25 % pour le lait et de l'ordre de 5 % pour la viande. Comparés aux résultats de 2008, les EBE chutent de 25 à 40 % et les revenus s'effondrent de 35 à 55%. Ces évolutions amènent à un nivellement par le bas des revenus entre des exploitations laitières diversifiées avec des cultures et celles produisant de la viande en complément du lait. La baisse est plus forte pour les premières qui bénéficiaient en moyenne de revenus supérieurs en 2008, elle est relativement plus faible chez les secondes mais qui avaient des revenus inférieurs.

Résultats économiques 2009 et évolutions 2008-2009 dans trois systèmes laitiers représentatifs de l'Est de la France.

Mixte lait-viandeLaitier spécialiséPolyculture élevage
Main d’œuvreUn couple (1.5 UMO)GAEC (2.0 UMO)GAEC (3.0 UMO)
Quota160 000 litres400 000 litres569 000 litres
Cheptel laitier27 VL Prim’holstein57 VL Prim’holstein79 VL Prim’holstein
Cheptel viande9 VA Li. et 17 bœufs
37 taurillons
SAU 93 ha101 ha240 ha
dont herbe73 ha 58 ha 75 ha
dont maïs ensilage6 ha13 ha30 ha
dont cultures de vente14 ha30 ha135 ha

Mixte lait-viandeMixte lait-viandeLaitier spécialiséLaitier spécialiséPolyculture élevagePolyculture élevage

2009 (€)ev. 2009/20082009 (€)ev. 2009/20082009 (€)ev. 2009/2008
Produit brut109 600-13%187 400-15%415 600-15%
dont lait47 200-18%118 000-18%167 850-18%
dont viande27 410-7%19 040-7%53 970-6%
dont cultures8 380-30%21 060-24%109 480-21%
Charges opérationnelles35 800-3%67 4001%161 4005%
dont concentrés9 720-20%22 120-19%46 260-16%
Charges de structure *37 600-2%59 200-3%121 000-4%
dont énergie**6 580-12%9 120-15%21 670-15%
EBE36 200-28%60 800-35%133 100-36%
Revenu disponible / UMO 15 100-38%16 300-50%23 200-52%
* Hors amortissements et frais financiers
** Carburant, eau, gaz et électricité

Des perspectives incertaines pour l'année 2010…
Les produits laitiers industriels, la poudre de lait et surtout le beurre, ont connu un net redressement au second semestre 2009, ce qui peut laisser espérer un prix producteur sensiblement meilleur en 2010. Mais le marché reste fragile et l'embellie est avant tout liée au recul de l'offre alors que la consommation en Europe n'a pas retrouvé son dynamisme d'avant la crise et qu'il existe des stocks d'intervention importants plus particulièrement en poudre de lait.
Dans le même temps on peut s'attendre à une remontée des coûts de l'énergie (carburants, gaz, électricité) et des intrants qui en dépendent (engrais minéraux). Il est donc difficile de parier sur un renversement de situation pour les éleveurs laitiers en 2010. Cette nouvelle année pourrait être une année de convalescence en espérant des jours meilleurs.

L'année 2009 restera dans les mémoires comme une année catastrophique pour le revenu des éleveurs laitiers. Nombre d'entre eux connaissent aujourd'hui de très gros problèmes de trésorerie. Les stratégies d'économies, sur lesquelles les réseaux d'élevage ont communiqués, dans vos journaux, au cours des derniers mois, constituent des solutions en contexte de crise mais risquent de ne pas être suffisantes si le prix du lait reste au niveau de 2009. Il  faut, pour la pérennité de l'activité laitière dans notre bassin de l'Est de la France, espérer un retour rapide à de meilleurs prix du lait.


                                      L'équipe des Réseaux d'Elevage Lait
Pour la Chambre d'Agriculture de Haute marne : Daniel COUEFFE
Pour l'Institut de l'Elevage : Dominique CAILLAUD