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LA GESTION DES CONCENTRES EN PERIODE DE CRISE
Elevage
Pour espérer un avenir plus serein chez les éleveurs, il est indispensable que le prix du lait se rétablisse. Mais à court terme de nombreux agriculteurs nous sollicitent afin de trouver des solutions permettant de soulager leur trésorerie. Le poste aliment du bétail étant de loin le plus important et le plus fluctuant, la stratégie à adopter cet hiver sera donc de rechercher des rations moins coûteuses en concentrés.

Le coût de production du lait d'une exploitation comprend les charges proportionnelles (concentrés, engrais, phyto, etc…), les charges de structure (mécanisation, bâtiment, fermage, frais généraux, etc…) et les charges dîtes « supplétives » (rémunération des terres en propriété, des capitaux propres et du travail des exploitants) liées à cet atelier lait. Ce coût de production varie bien sûr fortement d'une exploitation à l'autre. Son analyse met en évidence que le poste concentré est de loin le plus important, le plus fluctuant d'un système à l'autre et celui où des économies sont le plus facilement envisageables.

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Les principales sources de gaspillage.

Les Réseaux d'Elevage ont proposé des recommandations pour les vaches laitières. Ces préconisations permettent d'atteindre un objectif de production pour un système fourrager donné à condition bien sûr de proposer au troupeau des fourrages de qualité. Mais de nombreux éleveurs font des apports en concentrés nettement supérieurs à ces préconisations. Cette dérive peut avoir plusieurs origines : la recherche de performances élevées, des rations complètes avec des vêlages de plus en plus étalés, le cumul de plusieurs matériels de distribution (DAC et mélangeuse), l'utilisation d'un robot de traite saturé (au delà de 65-70 vaches par stalle) ou tout simplement une gestion pas assez rigoureuse. Aujourd'hui ces pratiques doivent être mises provisoirement de côté, les trésoreries des exploitations laitières ne pouvant plus assumer ces dérapages.

Les derniers kilos de concentrés coûtent chers.

Dans un contexte de prix du lait bas, la tentation est grande de réduire fortement les concentrés. Mais il ne faut pas tomber dans l'excès inverse. Il est primordial de toujours équilibrer la ration de base afin de valoriser au mieux les fourrages de l'exploitation. Ensuite les concentrés complémentaires seront apportés en fonction du niveau de production à atteindre afin de réaliser la production prévue. Cet hiver, avec des stocks fourragers en général excédentaires, notamment en ensilage de maïs, il sera économiquement plus judicieux de traire davantage de vaches que d'augmenter la productivité par le concentré.
1 kg de concentré de production, qu'il soit du commerce ou fermier, n'apporte jamais 2,5 litres de lait. En effet lorsqu'une vache a satisfait ses besoins physiologiques (entretien, production de lait, reproduction), si celle-ci consomme 1 kg de concentré en plus, elle va réduire sa consommation de fourrage d'environ 0,5 kg de MS. C'est le phénomène de substitution qui s'amplifie avec l'augmentation des apports. Ainsi toute modification des apports d'aliment concentré par rapport à la couverture stricte des besoins entraîne une variation des apports énergétiques totaux. Cette dernière est plus faible que celle provoquée par la seule variation des apports en concentrés, du fait des phénomènes de substitution et d'interactions digestives.
nourrir chaque vache en fonction de son niveau de production
En pratique sur des rations à base de maïs ensilage, il faudra veiller à ne pas dépasser 200 g de concentré par litre de lait produit (repère annuel) pour les plus hauts niveaux de production. Au delà de ce seuil la rentabilité économique se dégrade. De plus au delà de 200 g/l et pour la plupart des systèmes d'alimentation, une quantité supplémentaire de concentré n'apporte pratiquement plus de gain de productivité et fait chuter la marge économique. Par exemple pour un troupeau de 50 vaches à 7600 l (8400 kg au contrôle laitier) produisant 380 000 litres de lait cela représente une économie d'environ 6 000 € lorsque l'éleveur réduit le concentré de 260 g à 200 g par litre de lait sans pénaliser la production.

Quelques préconisations pratiques pour cet hiver.

Sur le tableau ci-dessous vous retrouverez quelques rations de base types équilibrées :
Type de ration100 % maïs75 % maïs50 % maïs50 % herbe100 % foin
Ration équilibrée à27 litres25 litres24 litres22 litres20 litres
Ens. maïs (kg MS)à volontéà volontéà volonté

Ens. herbe (kg MS)
3,07,0à volonté
Foin (kg MS)2,51,71,03,5à volonté
Regain (kg MS)3,53,5
Correcteur azoté (kg)2,82,41,80,50,5
Céréales (kg)

0,53,03,0
Chacune de ces rations doit bien sûr être correctement pourvue en minéraux (phosphore et calcium notamment). Au delà de l'équilibre, l'éleveur distribuera à chaque vache, en fonction de son niveau de production, de 0 à 6 kg de concentré équilibré (du commerce ou fermier) à raison de 1 kg pour 2,5 litres de lait. Au delà de 6 kg, la substitution, les interactions digestives et surtout le prix du concentré font qu'il n'est économiquement pas intéressant d'en distribuer plus. Ces rations ont largement été testées par les éleveurs que nous suivons et validées sur le plan économique.

Pour des raisons pratiques de distribution (absence de DAC, de cornadis ou de distributeurs en salle de traite), certaines exploitations conduisent leur troupeau en ration complète. Si les vêlages sont bien groupés ce type de rationnement convient bien même avec de hauts niveaux de production. Par contre avec des vêlages étalés, les dérapages en concentrés sont fréquents. Pour les limiter, il faudra baisser le niveau de la ration et surtout la densité azotée afin de ne pas faire maigrir les fortes productrices et accepter de traire davantage de vaches. Dans tous les cas des rations complètes avec des densités énergétiques supérieures à 0,92 UFL/kg MS et 95 g PDI/kg MS sont malheureusement trop onéreuses et non rentables avec un prix du lait faible et des concentrés élevé.

En attendant des jours meilleurs, les agriculteurs doivent réduire au maximum leurs charges et notamment celles en concentrés pour faire face à ce faible prix du litre de lait. Désormais les éleveurs et les techniciens qui les accompagnent devront travailler ensemble pour conduire des VHR (vache à haute rentabilité économique) plutôt que des VHP (vaches à haut potentiel)…
Bien sûr au delà des quantités distribuées, il existe également d'autres pistes pour réduire le coût alimentaire : la substitution du tourteau de soja par du tourteau de colza, les achats par 25 tonnes à condition d'être équipé pour recevoir de telle quantité, l'autoconsommation de céréales ou l'utilisation de certains co-produits comme les drèches de brasserie par exemple achetées en morte saison.


L'équipe des réseaux d'élevage lait
Pour la Chambre d'Agriculture de Haute Marne : Daniel COUEFFE



Intérêt économique sur quelques rations types
Type de ration100 % maïs75 % maïs
25% herbe"
50 % maïs
50% herbe
50 % herbe
50% foin
100 % foin
Ration équilibrée à27 litres25 litres24 litres22 litres20 litres
Soja 48 à 320€/T2,8 kg2,4 kg1,8 kg0,5 kg0,5 kg
Céréales à 110€/T

0,5 kg3,0 kg3,0 kg
Coût par jour pour 50 VL:44.8 €38.4 €31.5 €24.5 €24.5 €
Colza à 170€/T4.2 kg3.6 kg2.9 kg0.8 kg0.8 kg
Céréales à 110€/T


2.9 kg2.9 kg
Coût par jour pour 50 VL:35.7 €30.6 €24.7 €22.8 €22.8 €
Coût par jour pour 50 VL:35.7 €30.6 €24.7 €22.8 €22.8 €