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L'agriculture biologique en élevage laitier : de nouvelles opportunités
Communication des Réseaux d'Elevage

Avec une croissance annuelle du marché bio de 9.5% depuis 1999, les indicateurs économiques offrent des perspectives intéressantes de développement pour la filière.
Dans le cadre du Grenelle de l'environnement, le ministère de l'agriculture a proposé un plan d'action visant à structurer la filière agriculture biologique afin de lui permettre de satisfaire la demande intérieure.
Un des enjeux est d'obtenir 6% de la SAU convertie d'ici 2012 (aujourd'hui 2%) avec comme objectif ambitieux d'atteindre 20% de la SAU en 2020. Pour inciter les éleveurs à s'engager, des aides annuelles à la conversion sont prévues sur une durée de 5 ans: 100€/ha de prairies permanentes et 200€/ha de terres arables.
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De nouveaux repères pour l'élevage et les cultures.

Le principe du lien au sol en agriculture biologique est d'atteindre un niveau maximal d'autonomie en fourrages et concentré. Dans le nouveau cahier des charges, le maïs ensilage n'est plus limité dans la ration. Toutefois le recours à du correcteur bio coûte très cher et la contribution du maïs dans les rations devrait rester limitée. Dans ces conditions il faut viser une productivité laitière modérée, de 5000 l sur les exploitations avec peu de cultures fourragères à 6500l dans les situations plus favorables qui pourront associer des fourrages  mieux pourvus en azote au maïs ensilage en hiver. Le niveau alimentaire de la ration qui est moins élevé écrête les démarrages en lactation. Les taux, TB et TP, sont légèrement plus faibles qu'en conventionnel et il n'y a pas de différence significative au niveau des comptages cellulaires.
Le développement de l'Agriculture Biologique offre de nouvelles perspectives pour l'élevage laitier
Avec des objectifs de productivité plus modestes et une conduite optimale des animaux à la pâture, le respect des contraintes sanitaires s'en trouve nettement facilité. Le nouveau cahier des charges autorise un maximum de 3 traitements allopathiques par animal et par an et supprime la restriction sur les produits anti-parasitaires. Malgré cela, il faut miser sur la surveillance et l'observation des animaux pour pouvoir intervenir rapidement et éviter le recours systématique aux médicaments conventionnels.

L'assolement classique est bouleversé par la redéfinition des objectifs de production tant au niveau des contraintes agronomiques que des besoins en fourrages pour l'élevage.
L'arrêt de toute fertilisation minérale et de l'emploi de produits phytosanitaires oblige un allongement conséquent des rotations pour trouver un équilibre agronomique. Le salissement des parcelles et la maîtrise des maladies sur cultures peuvent être en partie résolus par le compostage des fumiers, l'allongement des rotations et le choix judicieux des précédents culturaux.
Il faut prévoir une baisse de rendement de 40 à 60% selon les types de sols et l'année climatique.
L'assolement idéal doit permettre en priorité l'autonomie alimentaire de l'élevage grâce aux prairies artificielles en tête de rotation et aux céréales et protéagineux pour l'autoconsommation.
 
Poser un diagnostic préalable pour identifier les facteurs limitants.

Les systèmes les plus autonomes et économes sont évidemment les plus proches de l'agriculture biologique car la conversion n'entraîne pas de changements importants.
Par contre, pour les systèmes plus intensifs à l'animal et sur les surfaces le changement de mode de production sera plus difficile à mettre en oeuvre.

Au niveau de la structure de l'exploitation, quelques points sont importants à analyser :
- Le nombre de places VL dans les bâtiments et le seuil réglementaire en terme d'effectifs animaux : la baisse de productivité des vaches attendue peut conduire l'éleveur à faire un choix entre une sous réalisation durable du quota  ou de lourds investissements en logement et stockage des effluents.
- L'intensification laitière initiale : au-delà de 4000 L de quota/ha de SAU, la baisse de productivité laitière attendue peut conduire l'éleveur à une sous réalisation  chronique du quota.
- La surface accessible pour le pâturage des vaches traites : l'objectif est d'atteindre un niveau d'autonomie alimentaire élevé.
- La part de terres labourables : en dessous de 20% de terres arables dans la SAU il sera difficile de  mettre en place une rotation cohérente et conduira à une perte d'autonomie en concentrés pour l'élevage.

Le passage en agriculture biologique peut être une voie pour améliorer son revenu. 
remarque : les aides à la conversion ne sont pas comptabilisées, pendant 5 ans elles s'élèvent à 19 000 € / an dans le cas herbager et à 24 100 € / an pour le spécialisé. Ensuite, une  aide au maintien de l'agriculture biologique prendra le relais.
Par ailleurs, l'étude est volontairement « pessimiste » puisque aujourd'hui le lait est valorisé en AB avec une plus value  de 80 à 100 € / 1000lL.

En exploitation herbagère, la conversion bouleverse peu le schéma de production animal, par contre, en système intensif basé sur l'ensilage de maïs, elle est plus lourde de conséquences sur l'élevage et les cultures de vente.

Dans les exploitations plus céréalières, la plus value bio sur l'élevage est consommée par la baisse de production des cultures de ventes, en surface et en rendement.
Par contre, la baisse globale des charges opérationnelles est plus importante en système intensif et elle permet le maintien du niveau de marge brute globale de départ.
Au-delà de la marge brute, l'impact positif sur les charges de mécanisation est important à prendre en compte dans les systèmes plus céréaliers lorsque la part de nouvelles prairies temporaires dans l'assolement  est importante.
De ce fait, l'efficacité économique du système après conversion est meilleure et l'excédent brut d'exploitation s'en trouve amélioré dans les deux cas de figure. Mais le niveau d'autonomie en concentrés est souvent un facteur limitant pour les élevages laitiers en zone herbagère.  

Au-delà de la rentabilité économique, le changement de système peut engendrer des investissements qui doivent être pris en compte. Ils peuvent comprendre le logement des animaux, la récolte et le stockage des fourrages, les outils spécifiques aux cultures, le stockage des graines, plate forme de compostage….

Aujourd'hui l'agriculture biologique est reconnue comme un mode de production à part entière. Elle n'est pas concurrente d'une agriculture dite « conventionnelle » mais au contraire elle doit être source d'inspiration pour l'évolution des exploitations dans le futur au regard des coûts de production, de la remise en cause de certains intrants, de la demande de certains opérateurs économiques…
    Il reste maintenant à surpasser les derniers à priori que l'agriculture biologique continue à susciter dans le monde agricole pour répondre au défi lancé à l'occasion des accords du Grenelle de l'environnement.

L'équipe des Réseaux d'Elevage Lait
Pour la Chambre d'Agriculture de Haute Marne : Daniel COUEFFE