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L'année laitière 2008 dans l'Est de la France
Communication des Réseaux d'Elevage
Dans les zones de polyculture-élevage de l'Est, malgré les bons rendements, la baisse des prix des céréales et la hausse des intrants n'ont pas permis de reproduire les excellentes marges obtenues par les cultures en 2007. Dans le même temps les ateliers laitiers ont bénéficié d'une nette amélioration du prix du lait avec des marges en augmentation.
Dans ces périodes de conjoncture incertaine, les modèles d'exploitation de nos régions, qui combinent souvent plusieurs ateliers, ne sont-ils pas en train de démontrer leur pertinence au regard des fluctuations de marché ?

Encore un été humide !
Même si les conditions météorologiques ont été moins catastrophiques qu'en 2007, le printemps et l'été 2008 ont été marqués par de nombreux épisodes pluvieux qui ont gêné les récoltes de foin et les moissons.
L'essentiel des foins n'a été réalisé qu'à partir de la dernière semaine de juin. Les rendements, comme ceux des ensilages d'herbe et de maïs sont en baisse. A la sortie de l'hiver 2007-2008, les stocks de report avaient été entamés en raison d'effectifs supplémentaires conservés pour produire les rallonges de quotas. Il se pourrait donc que les bilans fourragers soient tendus dans certaines exploitations durant l'hiver 2008-2009.
En raison de la pluie, les moissons se sont étalées sur juillet et août. Les rendements des céréales sont en nette progression par rapport à 2007. Les colzas ont obtenu des rendements proches de la normale.
Les livraisons laitières rechutent au second semestre
Dans le prolongement de la fin de campagne laitière 2007-2008, les livraisons sont restées soutenues d'avril à juillet et supérieures à 2007. Depuis lors, on assiste à un tassement des livraisons consécutif à la reprise des abattages de vaches de réforme dont les carrières avaient été prolongées au delà du mois de mars afin de bénéficier des prix élevés du lait. Les baisses de prix du lait en fin d'année, conjuguées à des rallonges de quota minimales, devraient conduire les éleveurs à ralentir leur production sur la fin de la campagne laitière. On peut donc tabler sur des volumes de livraisons laitières équivalents à ceux de 2007.

En 2008 l'atelier laitier opère un rattrapage par rapport aux cultures de vente
Les revenus des ateliers laitiers en progression
Avec un prix du lait moyen sur l'année en hausse de 14 %, des prix de la viande issue d'animaux laitiers qui se maintiennent  et malgré l'augmentation  du coût des engrais et des aliments du bétail, les marges brutes sur les surfaces fourragères progressent de l'ordre de 10 % par rapport à 2007. Pour les ateliers de cultures de vente, l'augmentation des rendements des céréales permet de maintenir le produit de l'atelier malgré la chute des prix. Ces productions subissent de plein fouet la hausse des agro-fournitures et les marges s'inscrivent à la baisse de l'ordre de 5 à 10 % ; la baisse est plus mesurée là où les assolements comptent du colza en raison de la bonne tenue des prix de ce dernier. Les exploitations, souvent à dominante élevage, qui pratiquaient la jachère nue jusqu'en 2007 ont profité des marges offertes par les surfaces supplémentaires mises en culture.
Au global, l'évolution du revenu disponible est plus à l'avantage des systèmes laitiers spécialisés en élevage qu'aux polyculteurs ; néanmoins, l'évolution sur plusieurs années reste très favorable à ces derniers. Les résultats seront aussi très sensibles aux exercices comptables : très bon résultats attendus pour les clôtures d'automne 2008 et en net retrait pour les clôtures du printemps 2009.
Malgré une bonne année, les éleveurs laitiers sont inquiets …
Malgré ces bons résultats, les éleveurs sont inquiets et circonspects pour l'avenir. Les prix annoncés en nette baisse sur le premier trimestre font craindre une forte chute du prix du lait en 2009. Jamais peut-être, les perspectives d'avenir n'auront été autant incertaines ; bien difficile de dire comment vont se comporter les prix du lait, des cultures de vente et de la viande dans les années à venir ! Dans ce climat de grande incertitude, la structure même de bon nombre d'exploitations d'élevage de l'Est, qui combinent souvent les trois productions, lait, viande et cultures de vente, peut apparaître comme un atout : une façon de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Les enquêtes réalisées auprès de éleveurs des réseaux d'élevage de la région confirment ce souci de conserver les équilibres existants. La situation est plus délicate dans les exploitations laitières spécialisées de montagne vosgienne qui comme les autres ont bénéficié des bons prix du lait de 2008 mais qui seraient mises à mal si le prix du lait venait à baisser fortement car elles ne peuvent compter que modestement sur des gains de productivités et n'ont pas, contrairement aux exploitations de plaine, d'alternative à la production laitière.
Résultats économiques 2008 et évolutions 2007-2008 dans trois systèmes laitiers représentatifs de l'Est de la France.
| Laitier herbager | Elevage avec maïs | Polyculture élevage |
| Main d’œuvre | GAEC (2.5 UMO) | Un couple (1.5 UMO) | GAEC (3.0 UMO) |
| Quota | 300 000 litres | 288 000 litres | 569 000 litres |
| Cheptel laitier | 60 VL Montbéliardes | 40 VL Prim’holstein | 79 VL Prim’holstein |
| Cheptel viande | 28 bœufs | 19 bœufs | 37 taurillons |
| SAU | 158 ha | 93 ha | 240 ha |
| dont herbe | 126 ha | 56 ha | 75 ha |
| dont maïs ensilage | - | 11 ha | 30 ha |
| dont cultures de vente | 32 ha | 26 ha | 135 ha |
| 2008 (€) | 2008/2007 | 2008 (€) | 2008/2007 | 2008 (€) | 2008/2007 |
| Produit brut | 220 900 | 6% | 187 300 | 10% | 490 200 | 7% |
| dont lait | 103 770 | 14% | 100 590 | 14% | 198 800 | 14% |
| dont viande | 46 090 | 0% | 30 510 | 0% | 61 440 | 4% |
| dont cultures | 29 080 | 2% | 28 120 | 18% | 158 670 | 3% |
| Charges opérationnelles | 64 800 | 8% | 59 900 | 16% | 155 700 | 16% |
| dont concentrés | 5 900 | 17% | 16 800 | 18% | 35 380 | 18% |
| Charges de structure * | 75 700 | 8% | 62 300 | 9% | 152 600 | 6% |
| dont énergie** | 11 690 | 21% | 9 460 | 25% | 24 400 | 25% |
| EBE | 80 400 | 4% | 65 100 | 6% | 181 900 | 1% |
| Revenu disponible / UMO | 22 600 | 6% | 29 400 | 9% | 39 500 | 1% |
* Hors amortissements et frais financiers
** Carburant, électricité et gaz
L'équipe des Réseaux d'Elevage Lait
Pour la Chambre d'Agriculture de Haute Marne : Daniel COUEFFE
Pour l'Institut de l'Elevage : Dominique CAILLAUD