Didier CARAES, Pôle économie et politiques agricoles, APCA
MéthodologieLes chiffres du Ministère de l'agriculture ne portent que sur les exploitations agricoles professionnelles, c'est à dire les exploitations agricoles dont la taille est supérieure à 12 hectares équivalent blé. De son côté, l'INSEE publie un autre indicateur de revenu (le revenu net d'entreprise agricole par actif non-salarié) qui a augmenté de +85% entre 2009 et 2010. Ce chiffre est le solde du compte national de l'agriculture dont nous proposons une synthèse en page 4 de ce document. Cependant cet indicateur de revenu est moins pertinent car il agrège les résultats d'unités de production hétérogènes : les exploitations professionnelles, mais aussi les exploitations non-professionnelles (grands jardins familiaux), les Coopératives d'Utilisation du Matériel Agricole et les Entreprises de Travaux Agricoles.Les variations de revenu sont très fortes en 2010, mais c'est parce que l'on part de très bas. En 2009, le revenu moyen des exploitations professionnelles était de 14 000 euros, il est passé à 24 000 euros en 2010. Pour mémoire, le revenu moyen disponible par habitant oscille autour de 20 000 euros. Même si les deux chiffres ne sont pas comparables en l'état, cela montre qu'en tout cas, les revenus des exploitations agricoles professionnelles ne sont pas incroyablement élevés (comme pourrait le laisser croire le taux de croissance de 2010). |

Selon les dernières prévisions du Ministère de l'agriculture, le revenu moyen des exploitations agricoles professionnelles aurait augmenté de +66% entre 2009 et 2010. Ce chiffre élevé doit être replacé dans son contexte. Plus que jamais, la publication des comptes de l'agriculture nécessite des explications. Le revenu moyen des entreprises agricoles professionnelles progresserait de +66%, en 2010, quelles réalités économiques, ce chiffre traduit-il ? On peut retenir trois choses :
- l'année 2010 est une année de rattrapage. Les années 2008 et 2009 avaient très mauvaises pour l'agriculture française. Sur ces deux années cumulées, le revenu moyen des exploitations professionnelles avait été divisé par deux. La croissance de cet indicateur de revenu en 2010 est un retour à la situation des années 2007 et 2006, et renoue avec la tendance de long terme ;
- or justement, quelle est la tendance de long terme ? Depuis le tournant de l'An 2000, la tendance des revenus des exploitations agricoles professionnelles est à la baisse. Le graphique ci-contre, illustre sans appel, cette baisse de long terme.
- les variations sectorielles sont fortes dans l'agriculture et la croissance des revenus des exploitations agricoles professionnelles de 2010 n'a pas le même sens pour tous les secteurs. C'est un retour à une situation d'avant crise mais dans une tendance baissière pour les éleveurs de bovins-lait ; mais ce n'est même pas un retour à la situation d'avant crise pour les éleveurs de bovins pour la viande. Et du côté des cultures, certes, les producteurs de grandes cultures (COP, betteraves) renouent avec les hauts niveaux de résultats des années 2007 et 2006, mais pour les arboriculteurs et maraîchers, la hausse de résultat s'inscrit dans un trend de stabilité, voire de baisse. Et notons que pour les producteurs de vins de qualité, l'année 2010 se solderait par une baisse de résultat.
- la crise économique globale des années 2008 et 2009 avait conduit les consommateurs à réduire leurs achats de viande et de fruits et légumes. Le regain d'activité de 2010 a relancé ces marchés
- pour les céréales, le marché mondial a été particulièrement porteur en raison des mauvaises récoltes en Russie et Ukraine qui sont traditionnellement, de grands exportateurs
- du côté des charges, le prix moyen de l'énergie achetée par les exploitations professionnelles a certes augmenté, mais pour les autres grands postes d'achats (engrais, aliments du bétail), les prix sont à la baisse.

La croissance du revenu agricole en 2010 tient à la hausse des prix agricoles à la production. Depuis quarante ans, les prix agricoles sont orientés à la baisse et les hausses annuelles, comme celles de 2010, sont rares. Quel sera l'impact de cette hausse sur les prix alimentaires à la consommation ? Pour l'instant, nous n'avons pas d'indicateurs des prix alimentaires (macroéconomiques) permettant de répondre à la question. Sur long terme, l'évolution des prix des produits alimentaires est déconnectée de celle des prix agricoles.

Les échanges extérieurs français agroalimentaire (agriculture et les IAA) sont structurellement excédentaires, ce qui est remarquable dans une économie française globalement peu performante à l'exportation. Mais en 2009, l'excédent commercial s'était nettement réduit. En 2010, l'excédent commercial a vivement progressé .
La reprise est plus visible lorsqu'on représente la courbe de la moyenne mobile des douze derniers mois (courbe en noir).

La restructuration démographique se traduit par une croissance exceptionnelle de la productivité du travail dans l'agriculture. En 2010, cent agriculteurs produisent l'équivalent de la quantité de produits agricoles que 290 agriculteurs réalisaient en 1980 (c'est le sens de l'indice "290" de la courbe de la productivité du travail, sur le graphique ci-contre).

Sur long terme, l'augmentation des revenus des exploitations professionnelles en 2010 s'inscrit dans des tendances bien différentes :
- les COP ne sont pas loin de renouer avec les points hauts des années 2006-2007,
- pour les arboriculteurs, malgré une hausse en 2010, la tendance reste à la baisse depuis le tournant des années 2000,
- pour les maraîchers et horticulteurs, l'année 2010 s'inscrit dans un contexte de stabilité des résultats sur long terme. Stabilité qui s'est amorcée au milieu des années 1990.
On notera que l'orientation "Vins AOC" est la seule à connaître une baisse de revenu en 2010.

Comme pour les productions végétales, les hausses de revenu de l'année 2010 s'inscrivent dans des contextes de long terme différents pour chaque orientation :
- élevage laitier : retour à la situation d'avant crise sur une tendance de long terme à la baisse.
- bovin-viande : la hausse des résultats de 2010 ne permet pas de renouer avec les niveaux d'avant la
crise, la tendance de long terme est à la baisse.
- ovins : hausse de revenu en 2010 liée aux aides introduites par le Bilan de Santé, pour une orientation aux revenus structurellement bas.
- hors-sol : la hausse des résultats moyens de 2010 s'inscrit dans un registre de fluctuations structurelles mais dont les amplitudes semblent s'être atténuées depuis quelques années.

Actuellement, les enquêteurs de l'INSEE procèdent au recensement de l'agriculture française et interrogent chaque exploitation agricole sur tout le territoire y compris dans les départements d'Outre-Mer. Le dernier recensement a eu lieu en 2000. Quel sera le nombre d'actifs agricoles en 2010 ? On le saura au milieu de l'année 2011. Mais d'ores et déjà, en poursuivant les évolutions de long terme, on peut estimer qu'il y a aujourd'hui, environ 803 000 actifs dans les exploitations, soit 160 000 de moins qu'il y a 10 ans.
L'INSEE calcule un compte de la branche agricole qui agrège les résultats des exploitations professionnelles avec ceux des exploitations non professionnelles, des CUMA et des ETA. Le Bilan de Santé de la PAC a conduit globalement à augmenter la part des aides découplées au niveau national. Dans le compte de la branche agricole, cela se traduit par une réduction des aides directes (2.5 Mds d'euros en 2009, 1.129 Mds en 2010), et un accroissement des subventions d'exploitation (7.3Mds en 2009, 8.9 Mds en 2010).

Le Compte National de l'Agriculture mesure les flux de valeurs liés à l'activité de la branche agricole nationale. Il est le compte de la "ferme France". Chacun des postes est renseigné par une approche macro-économique (achat des industries, commerce extérieur...) et non directement auprès des exploitations agricoles.