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Des objectifs pour une politique agricole

La baisse récente du cours du blé sur le marché de Chicago pose une nouvelle fois le problème de la volatilité des prix des matières premières et la question des solutions à apporter à un phénomène économique qui perturbe tant les décisions des acteurs des filières. Si l’on ignore encore quelles décisions vont être prises par les pays membres du G20, il apparaît que l’instabilité des marchés agricoles s’inscrit nécessairement dans une réflexion plus vaste, et qui concerne la légitimité de la politique agricole. Doit-on restaurer des instruments d’intervention publics sur ces marchés ? En clair, s’interroger sur ce qu’entend faire l’UE de son agriculture.

La logique sur laquelle reposaient les précédentes réformes de la PAC était la suivante : dans la mesure où la croissance économique est portée par le développement des échanges mondiaux de marchandises, et que ces échanges participent activement à la formation des prix, il n’était plus opportun de recourir à des outils publics d’intervention sur les marchés agricoles. Devaient en découler au moins deux conséquences fondamentales : diminution et ré-allocation des dépenses budgétaires agricoles d’une part, et insertion des pays en développement dans les échanges mondiaux d’autre part.

Depuis 1992, les réformes de la PAC ont été dans le même sens – le sens de l’histoire disait-on – c’est-à-dire inviter chaque agriculteur à s’en remettre aux signaux du marché, les absorbant ainsi peu à peu dans un processus d’individualisation croissant de leur comportement économique.

La crise économique et financière qui se déclenche en 2007 s’est traduite par une montée de la volatilité des prix agricoles, dont on a pu mesurer les répercussions néfastes sur les revenus des agriculteurs, et sur des populations ne pouvant s’approvisionner sur leur marché intérieur. En pleine phase de fluctuations des prix agricoles, les sirènes de la régulation se sont alors paradoxalement mises à retentir, constituant en quelque sorte une force de rappel pour les tenants de la « mondialisation heureuse ». Car c’est bien cette mondialisation, qui s’enclenche au détour des années quatre-vingt, qui est aujourd’hui en crise, ouvrant la voie à ce que certains économistes appellent la «démondialisation».  

La volatilité des prix des produits de base et l’essoufflement d’un système monétaire international ayant pour pivot le dollar, constituent les deux faces les plus apparentes du désordre chronique qui caractérise le capitalisme mondial. Produits de base et parités des devises sont deux domaines étroitement interdépendants, et il est donc logique de les avoir inscrits à l’ordre du jour du G20. Il ressort toutefois de la crise que les processus d’autonomisation incontrôlée des décisions économiques débouchant souvent sur une concurrence effrénée, de dérégulation des marchés et de décloisonnement de la finance internationale, ont engendré une crise d’une ampleur jamais atteinte depuis 1930 et qu’ils doivent être de ce fait discrédités. Elle appelle une (re)formation de politiques interventionnistes rompant avec une vision du marché efficient et omniscient. Un contrôle assez strict des mouvements de capitaux s’avère indispensable pour limiter une spéculation qui a largement amplifié la volatilité des cours des matières premières et des devises.

Les turbulences propres aux marchés agricoles ouvrent la voie à une vaste réflexion non seulement sur la légitimité de la politique agricole commune, mais aussi sur ce que l’Europe entend faire de son agriculture dans un monde en proie à l’incertitude de ses approvisionnements alimentaires. Définir en d’autres termes un projet collectif, qui ne serait pas la somme d’intentions individuelles. Au regard de la crise actuelle de la zone euro, le modèle fondé sur la toute puissance du marché qui fut jusque là proposé n’est sans doute pas le bon.

Thierry POUCH
Assemblée Permanente des
Chambres d'agriculture

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