
La croissance mondiale devrait revenir selon le FMI : + 4.6 alors qu’elle était de – 0.9 % en 2009. Les échanges mondiaux repartent également progressivement avec quelques soubresauts. En France, les exportations ont repris depuis fin 2009 (+ 5.9 %), les importations également (+ 7.9 %)1. Au niveau des produits des industries agroalimentaires, le solde commercial s’améliore de 0.5 milliard d’euros pour atteindre 2.6 milliards à la fin du premier semestre 2010.
Les marchés agricoles ont été marqués ces derniers mois par les différents accidents climatiques qui ont rendu incertain le niveau de la production dans de nombreux pays, affolant les opérateurs sur les marchés. La sécheresse ou les pluies ont endommagé la récolte des céréales et réduit la production de fourrages. Les prix des céréales se sont emballés durant l’été, faisant craindre aux éleveurs, déjà mis à mal par des cours bas, une hausse des prix de l’alimentation animale.

La sécheresse qui a fait rage en Europe a détruit presque un quart de la production russe ; en Ukraine on estime une baisse de 3 à 6 millions de tonnes par rapport à 2009 (20 millions de tonnes produites en 2009). En Europe de l’Ouest, les rendements ont été plus faibles à cause de la pénurie d’eau alors que l’Europe du Nord a souffert de pluies abondantes. Au Canada, ce sont de fortes inondations qui ont endommagé les cultures. Seuls les Etats-Unis n’ont connu jusqu’à présent aucun problème majeur. Ainsi, la production, selon les dernières estimations, devrait être de 646 Mt contre 661 Mt prévus en juillet. Face à une demande estimée à 665 Mt il faudra ainsi puiser dans les stocks qui devront diminuer de 20 Mt.
Ces différentes annonces ont fait peur aux opérateurs dès juillet. S’en est alors suivie une hausse de 38 % en juillet du prix du blé sur les marchés, entraînant dans sa suite une hausse plus ou moins forte de l’ensemble des céréales et oléoprotéagineux. Une telle progression n’avait pas été vue depuis 1973 : le boisseau de blé à Chicago est passé de 4,8 $ à 6,6 $ en un seul mois.
Cet emballement des prix a commencé à s’essouffler dès la mi-août sur le marché de Chicago. Effectivement comme de nombreux experts l’ont signalé, cette hausse n’est pas durable. Le bilan de blé n’est pas catastrophique : la récolte mondiale reste bonne et les stocks actuels, de près de 170 millions de tonnes, restent le 3 ème plus haut niveau jamais constaté. Ce phénomène est simplement l’illustration de la fébrilité des marchés et de la volatilité de plus en plus forte qui les régit désormais.
En 2010, les échanges devraient s’en trouver modifiés : faible présence du Canada du fait d’une production mauvaise, retour de l’Argentine, forte présence des Etats-Unis, absence des importateurs de l’Afrique du Nord qui ont connu de très bonnes récoltes depuis 2 ans et absence des exportateurs des pays de la mer Noire et du Nord de l’Europe. Face aux pertes qu’elle a subi, la Russie, 2ème exportateur mondial, a mis en place des restrictions à l’exportation valables jusqu’au 31 décembre 2010.
Cette situation pourrait profiter à la France et à l’Union européenne en leur permettant de maintenir leurs exportations dans leur zone traditionnelle (Afrique, Moyen Orient) mais aussi d’arriver sur des destinations inhabituelles. Néanmoins, leurs exportations seront en baisse du fait de la diminution de leur production. En France, la production de blé tendre diminuerait de 3.3 % pour atteindre une récolte de 35 Mt.
Ces évènements n’ont eu que peu d’impact sur le marché de l’orge, déjà bien lourd. Les stocks mondiaux exceptionnels font de l’orge la céréale la moins chère avec un écart moyen avec le maïs de 29 $. On note toutefois depuis juin, parallèlement à la hausse du prix des autres céréales, une hausse du prix de l’orge. La production mondiale comme française diminuera fortement en 2010-11 : de 13 % au niveau mondial, de 20.6 % au niveau français.
Le maïs, en revanche, a réagi fortement à la hausse du blé. Cela s’explique par une situation déjà tendue sur le marché : la consommation mondiale poussée par la demande américaine en éthanol dépasse la production mondiale lors de cette campagne 2009-2010 et probablement lors de la campagne 2010-2011.
Le marché des oléagineux a été attentiste durant une bonne partie de l’année : il aura fallu attendre le printemps pour apercevoir une hausse du cours du soja, du fait d’une demande de nouveau dynamique, et des autres cours par la suite. Pour la nouvelle campagne, on annonce une bonne production de soja (surtout en Amérique latine), ce qui devrait relancer la trituration de manière durable et entraîner les cours à la hausse. En France, on observe pour la campagne 2010-2011 une augmentation des surfaces de soja pour la deuxième année consécutive, même si la sole reste modeste (48 000 ha).
La production mondiale de colza pour la nouvelle campagne est incertaine : la baisse des rendements en Europe et de la production dans les pays de la mer Noire ainsi que les pluies au Canada (principal producteur après l’Union européenne) vont peut-être créer des frictions sur les marchés d’autant plus que l’utilisation est en hausse aussi bien pour la trituration que pour l’incorporation dans l’alimentation animale.
Après une première augmentation des surfaces en 2009 (+ 43 % en pois et + 17 % en féverole), la tendance se poursuit en 2010 en lien avec les nouvelles aides mises en place dans le cadre du Bilan de santé de la PAC : + 64 % en pois, + 36 % en féverole, + 67 % en lupin.

La filière viande est confrontée à des difficultés structurelles importantes. La baisse des prix constatée depuis mi-2008, liée au début de la crise, fragilise les exploitations agricoles. Ces derniers mois montrent cependant une certaine amélioration des cours mais très variable en fonction des catégories d’animaux.
Pour les animaux maigres, les cours se maintiennent du fait d’une demande dynamique de la part de l’Italie. Ainsi le cours du broutard a augmenté de 7,3 % pour atteindre 254 €/100kg vifs (entre mai 2009 et mai 2010). En revanche, les animaux finis subissent une baisse de leur prix depuis 2008. La demande demeure soutenue pour les vaches de réforme (vif et viande), l'offre modérée conforte la hausse constatée des cours. Les veaux, quant à eux, voient leur cours baisser du fait d’importantes importations venant des Pays-Bas qui gonflent l’offre.
En France, la décapitalisation du cheptel bovin, entamée dès la crise du lait, a accéléré la dégradation des échanges : hausse des importations et baisse des exportations. Par exemple, il manquerait environ 90 000 têtes de jeunes bovins à engraisser pour 2010. Cependant, on observe une stabilisation du nombre d’abattages des femelles, ce qui montre la fin de la décapitalisation du cheptel laitier en France.
La consommation de viande rouge continue sa baisse au profit de la charcuterie et des viandes blanches : on s’attend à une baisse de 0.5% en 2010, identique à 2009. Deux raisons sont à avancer : la crise économique qui fait reporter les consommateurs vers les viandes les moins chères et une tendance structurelle de baisse de consommation de viande rouge pour des raisons dites de « santé ».

Tous les grands exportateurs mondiaux (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, UE) ont connu une baisse de leur production lors de la dernière campagne, largement due à une baisse de leur cheptel. En Union européenne, la collecte 2009-2010 est en baisse de 0,5% mais de nombreuses disparités existent entre les pays: hausses importantes en Allemagne, Pays-Bas et Danemark mais recul de la collecte en France et en Irlande. En 2009/2010, seuls 9 États Membres auront réalisé au moins 95 % de leur quota et 2 seulement l’auront dépassé (Danemark et Pays-Bas). La France reste dans une sous-réalisation historique : 1,8 million de tonnes sous la référence. La nouvelle collecte 2010-2011 débute sur les mêmes tendances.
Les fabrications de produits laitiers en France sont toujours en baisse à l’exception des fromages et des crèmes. En revanche, on observe un renversement de tendances au niveau des échanges : les exportations augmentent à nouveau depuis début 2010 (+3,6 %) tirées par les exportations de fromages (+ 5,4 %) et de poudre de lait (+47,4 %).
De l’autre côté, les importations diminuent (-4,4 %), permettant une amélioration du solde commercial de 100 millions d’€ sur le 1er trimestre 2010, après une dégradation en 2009 de 415 millions d’€. Grâce aux variations du taux de change, l’Europe est devenue très compétitive : les produits européens sont moins chers que les produits d’Océanie, à l’exception du beurre.
Après le stockage important de beurre et de poudre au plus fort de la crise, les stocks communautaires ont été mis en vente à partir du 1er juin. Les stocks privés seraient eux-aussi en net retrait par rapport à 2009.
En France, les derniers accords de prix signés en août 2010 permettront une augmentation du prix de 10 % soit de 31€ pour 1 000 litres, pour atteindre 330 €/1 000 l. En moyenne le lait aura été payé 301 €/1 000 litres sur l’ensemble de l’année 2010. En contre partie, les transformateurs ont obtenu la mise en place d’un indicateur de compétitivité avec l’Allemagne dès 2011. Il permettra que le prix du lait français ne puisse pas décrocher de plus de 8 € par rapport au prix du lait allemand, à la baisse comme à la hausse, sur une moyenne de 12 mois glissants. Les négociations sur ce sujet se tiendront dès début 2011.