
La volatilité des marchés agricoles s'est encore manifesté en 2011 par de fortes baisses de prix, en particulier pour les productions de l'arboriculture (-9,5% en termes réels), pour les légumes (-12,5%), le maïs (- 9,5%) et les pommes de terre (-24%). Il faut souligner que la dégradation de la situation économique de ces secteurs a de multiples origines mais on retiendra que la sècheresse du printemps et les problèmes sanitaires de l'Escherichia coui pour les légumes ont eu un rôle important. L'agriculture travaille sur le vivant où rien n'est jamais acquis et où tout reste incertain.
Pour les autres filières, les prix sont orientés à la hausse mais cette embellie a totalement été absorbée par la forte augmentation du coût des intrants, en particulier par celui de l'alimentation animale, de l'énergie et des engrais. Du côté des intrants aussi, la volatilité des marchés semblent s'être installée et se solde par une hausse du prix des intrants de 44% entre 1995 et 2010.
Sur le long terme, les écarts de revenus entre orientations de production se sont accentués ces dernières années et on notera que l'élevage ovin et caprin et que l'élevage de bovins pour la viande enregistrent de bas revenus d'activité de manière structurelle.
Le revenu moyen des exploitations spécialisées en arboriculture est inférieur à 5 000 € annuels en 2011 ; cela indique bien l'ampleur de la crise qu'a traversée le secteur des fruits cette année. La situation du maraîchage n'est guère meilleure avec un résultat moyen d'exploitation de 10 100 € en 2011. Globalement, les écarts de revenu sont plus importants qu’au début de la décennie. Depuis 2005, la volatilité des marchés se répercute sur le revenu qui varie considérablement dans toutes les orientations.
En 2011, le Ministère de l'Agriculture livre des résultats distincts pour la filière porcine et l'aviculture. Cela permet de voir que les deux orientations n'évoluent pas au même rythme conjoncturel : l'instabilité des revenus étant nettement plus forte dans l'élevage porcin que dans l'aviculture. Pour le reste, on constate que les résultats des élevages de bovins pour la viande et d'ovins sont très faibles depuis 2008. Là encore depuis 2005, la variabilité du revenu est plus forte en bovins et ovins.
Le compte par Orientation Technico-économique des Exploitations (OTEX) calculé par le Ministère de l'Agriculture est devenu le compte de référence pour les analyses. En 2011, il a été l'objet d'une révision méthodologique. A l'heure actuelle, les séries de revenu ne sont disponibles que jusqu'en 2000. Pour avoir une vision de plus long terme, il faut utiliser le compte de la branche "agriculture" établi par l'INSEE. L’inconvénient du compte de l'INSEE, c'est que son indicateur de revenu (revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié, RNEA par UTANS) n'est pas établi en niveau, mais uniquement en taux de croissance. Quoiqu'il en soit, le cumul des taux de croissance annuelle du RNEA par UTANS montre que depuis le tournant des années 2000, le revenu agricole est entré dans une phase de baisse tendancielle et dans un contexte de volatilité plus forte.

L'examen des indicateurs de revenu ne doit pas faire oublier les autres évolutions macroéconomiques spécifiques de l'agriculture française. L'une d'elle est la performance de l'agroalimentaire français sur les marchés mondiaux qui se traduit, en 2011, par un solde du commerce extérieur excédentaire de 7.9 Milliards d'€. Ce résultat est d'autant plus remarquable, que l'économie française réussit assez mal sur les marchés d'exportation dans les autres secteurs

Grâce à la progression de la productivité agricole, les prix des produits agricoles n'ont cessé de baisser tandis que les volumes progressent. Cependant, les consommateurs n'ont pas ressenti cette baisse des prix agricoles dans leurs achats de produits agroalimentaires dont les prix ont peu évolué depuis le début des années 1970 Cette évolution pose la question du partage des fruits de la productivité agricole dans la filière agroalimentaire. L’observatoire des prix et des marges devrait apporter un éclairage sur cette question

Depuis le début des années 1990, les volume des consommations intermédiaires utilisées par la branche agricole sont restés stables. Pourtant, les intrants pèsent de plus en plus dans les comptabilité des exploitations agricoles car la valeur des achats de consommationsintermédiaires a progressé de 15%. Cela s'explique par la hausse des prix des intrants : +44% entre 1995 et 2010. L'augmentation de 10,2% en termes réels du prix des consommations intermédiaires en 2011 confirme donc une évolution de long terme.
Dans les productions arboricoles, horticoles et maraîchères, la baisse des prix pèse sur les résultats. Pour les céréales, c'est le recul des volumes (sauf le maïs) qui conduit à un ralentissement du chiffre d'affaires de la filière. Pour le secteur animal, globalement, les filières ont connu des orientations de marché plutôt favorables. Mais la hausse du coût de l'alimentation du bétail a tiré vers la baisse les résultats des filières animales.
d'après Focus décembre 2011, service économique de l'APCA, Didier Caraes