Didier CARAËS, APCA
Pôle économie et politiques agricoles
La compétitivité des agricultures nationales est le résultat de performance sur toute la filière : production dans les exploitations, transformation par les IAA, commercialisation par le négoce. Sans compter, bien entendu, les atouts naturels en terme de climat et de fertilité des sols. Notre étude s'en tient à l'échelon de l'exploitation agricole par l'analyse des différents indicateurs de performance économique des exploitations européennes. Nous mobiliserons les données du RICA européen pour comparer les résultats des exploitations françaises avec ceux des exploitations des États membres les plus présents sur les marchés agricoles européens. Notre approche sera sectorielle et portera sur les Céréales Oléo-protéagineux (COP), l'arboriculture fruitière, le lait et l'élevage hors-sol (porcs et volaille).
Les conclusions de ces comparaisons européennes sont les suivantes :
- Vis à vis des exploitations du Nord de l'UE (Allemagne, Belgique, Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni), les exploitations dégagent plutôt de bonnes performances en terme de charges à l'hectare ou à l'UGB et de productivité économique. En revanche, les structures des exploitations françaises apparaissent souvent moyennes voire petites par rapport à celles de leurs concurrentes du Nord ;
- les exploitations espagnoles dégagent des charges à l'hectare ou à l'UGB particulièrement basses qui leur permettent d'être très compétitives sur le marché européen. Il semble difficile aux exploitations françaises, comme autres exploitations européennes, de combler leur déficit de compétitivité vis-à-vis des exploitations espagnoles ;
- la situation italienne est singulière : dans de nombreuses filières, les revenus moyens des exploitations italiennes sont parmi les plus élevés. Pourtant, leurs charges moyennes (par hectare ou UGB) sont très élevées, mais elles sont plus que compensées par des prix sur les marchés domestiques italiens très rémunérateurs. L'agriculture italienne est donc peu présente sur les marchés européens mais elle rémunère particulièrement bien les chefs d'exploitations italiens.
- Si on examine poste par poste la structure des charges, on constate que les exploitations françaises sont plutôt performantes en terme d'intrants même si des améliorations sont toujours possibles mais qu'en revanche du côté des charges structurelles (amortissements, endettement, services), les exploitations françaises pourraient gagner en compétitivité.
- Les exploitations françaises sont très endettées et chaque année, elles doivent faire face à des remboursements d'emprunts élevés (malheureusement non renseignés dans le RICA Europe). C'est une contrainte financière et une dépense annuelle auxquelles ne sont pas confrontées les exploitations des autres États membres (sauf au Danemark).
- Plus globalement, en dehors de la question de la compétitivité, les données de RICA ne montrent pas de suréquipement des exploitations françaises (même s’il peut y avoir une sous estimation des immobilisations dans le RICA).
- Les revenus d'activité sont plus déterminés par la taille moyenne des exploitations que par leur productivité.