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Guide éco-phyto

Guide pratique pour la conception de systèmes de culture plus économes en produits phytosanitaires

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Ce guide a pour objectif, nous disent ses auteurs dans l’introduction, de « proposer une démarche pour la conception de systèmes de culture économes en produits phytosanitaires ». Il s’agit, ajoutent-ils, « d’aller au-delà d’une simple amélioration de l’efficience des traitements. (...)Cela suppose une modification profonde du système de culture et l’adoption de pratiques alternatives de gestion des bioagresseurs, permettant de limiter en amont les risques sanitaires »

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Lorsque, dans les années 70 et 80, s’est développé en grande culture l’usage des produits phytosanitaires, on a assisté à une incroyable homogénéisation du conseil technique. Il n’y avait plus, par exemple, dans toute l’Europe de l’Ouest, qu’une « bonne » manière de cultiver le blé, basée sur l’usage intensif de pesticides, et visant à maîtriser tous les facteurs limitants pour maximiser le rendement : semer le plus tôt possible, semer très dru (« une plante, un épi, pour n’avoir que des brins maîtres »), alimenter la culture en éléments minéraux de manière à ce qu’elle ne manque jamais de rien (« un beau blé doit toujours être vert, très vert »), et assurer une couverture phytosanitaire complète, en éliminant les adventices en prélevée et les maladies avant que les symptômes n’apparaissent. Cette protection préventive était d’autant plus indispensable que les rotations courtes, les semis très précoces, les densités fortes et l’alimentation azotée ad libitum aggravaient les risques sanitaires. La chimie prétendait résoudre tous les problèmes. Les pesticides étaient devenus les pivots des systèmes de culture.

La démarche qui nous est proposée dans ce guide remet l’agronomie au centre de la réflexion sur les pratiques agricoles. L’agronomie nous offre en effet non seulement des solutions techniques pour limiter les populations de bioagresseurs, mais également un cadre de raisonnement systémique pour choisir les techniques adaptées à chaque situation, et les combiner entre elles de manière synergique. « Il n’y a pas, nous disent les auteurs de ce guide, de combinaisons « types » efficaces pour maîtriser les bioagresseurs : ces combinaisons sont à construire au cas par cas, selon les moyens dont on dispose et les contraintes que l’on a ». C’est le renouveau de la diversité : la diversité biologique (rotations longues, associations, auxiliaires) fait son retour dans les champs ; la diversité des manières de conduire les cultures, son retour dans le conseil.

Ce guide fait le pari de l’inventivité, de l’autonomie de pensée des acteurs de terrain. Il propose de valoriser en complémentarité les savoirs locaux, les innovations technologiques et les connaissances scientifiques. Il formalise une démarche de réflexion, basée sur un diagnostic de la situation locale, associant l’agriculteur qui veut faire évoluer ses systèmes et son conseiller, qui l’aide à imaginer des alternatives, à les combiner, à les adapter, et à évaluer ce que ces alternatives lui feraient gagner–ou perdre-, en termes économique, écologique, ou organisationnel. Ce guide interpelle l’agriculteur et le conseiller dans leurs pratiques professionnelles : il suggère au premier qu’il peut apprendre à se passer, dans bien des cas, de traitements qu’il jugeait incontournables ; il propose au second de ne plus être celui qui détient la vérité technique, mais celui qui aide à penser. La révolution culturale s’accompagne d‘une révolution culturelle !

Ce guide résulte d’un travail collectif, dans lequel chaque partenaire (recherche, formation, ministères, développement agricole) a mis en débat ses connaissances et ses savoir-faire,pour construire un consensus. Il résulte de ce dialogue inter-institutionnel un document qui allie de manière remarquable opérationnalité et pertinence scientifique. Rendons hommage au CORPEN (Comité d’Orientation pour des Pratiques Agricoles Respectueuses de l’Environnement), émanation des Ministères chargés de l’Agriculture et de l’Ecologie, d’avoir été à l’origine de ce travail collectif. Souhaitons que les nouvelles institutions qui le remplacent soient aussi productives que le CORPEN l’a été depuis sa création en 1984, et nous permettent de disposer dans l’avenir de nouveaux outils, aussi à-propos que celui-ci, pour aider l’agriculture à s’adapter.

Jean-Marc MEYNARD Directeur de Recherche à l’INRA

 

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