La biodiversité désigne la diversité du vivant sous toutes ses formes. Elle représente la variété et la variabilité des organismes vivants et des écosystèmes dans lesquels ils se développent. Elle peut être définie comme le nombre et les abondances relatives des éléments considérés.
Le mot « biodiversité » est un néologisme composé à partir des mots “biologie” et “diversité”. Utilisé au Sommet de la Terre à Rio en 1992 (ONU), tous les pays ont décidé au travers d'une convention mondiale sur la biodiversité de faire une priorité de la protection et restauration de la diversité du vivant, considérée comme une des ressources vitales. Il est à noter que ce terme à un sens tout particulier, exprimant la notion d'érosion de la diversité du vivant (espèces sauvages).
Elle s’appréhende en considérant la diversité des espèces, celle des gènes au sein de chaque espèce, ainsi que l'organisation et la répartition des écosystèmes.
Au regard de l'intervention de l'Homme, on distingue deux types de biodiversité :
La biodiversité dite "domestique"
Ellei regroupe l'ensemble et la richesse des espèces et des sous-espèces (races, variétés) domestiquées par l'Homme et ayant été soumises à sa sélection. Le terme de “biodiversité domestique” a été réutilisé pour exprimer la régression de la diversité des espèces cultivées et élevées depuis quelques années à l'échelle planétaire.
La biodiversité "sauvage",
Elle est présente spontanément, n’est souvent pas directement gérée par l’Homme mais est grandement influencée par ses activités. Dans le cadre du projet IBIS, nous nous intéresserons uniquement à la biodiversité sauvage.
Au sein de la biodiversité sauvage on peut également utiliser les termes suivants :
Biodiversité "remarquable" :
Les organismes vivants et habitats rares ou menacés de disparition. Elle peut être soumise à des réglementations.
Biodiversité "ordinaire" (ou "banale") :
L'ensemble de la biodiversité qui n'est pas remarquable.
La biodiversité fonctionnelle
La biodiversité sauvage joue de nombreux rôles dans le maintien des équilibres des écosystèmes (production d’oxygène, fixation du CO2, régulation des températures...). Elle assure, entre autre, de nombreuses fonctions écologiques pour l’agriculture (fertilité des sols, épuration des eaux, lutte contre les bioagresseurs, pollinisation, cadre de vie). Elle est souvent désignée sous le nom de biodiversité fonctionnelle.
Depuis la conférence des Nations Unies en 1992, une prise de conscience mondiale s’est opérée pour dénoncer les menaces pesant sur la biodiversité. L’érosion des espèces est bien réelle et va en s’accélérant. Dans le monde, 25 % des mammifères connus sont menacés d’extinction, 11 % des oiseaux, 17 % des végétaux,...On estime que dans les 25 ans qui viennent, 2 à 8 % des espèces auront disparu.
En France métropolitaine, sur 4 700 espèces végétales indigènes recensées, 486 sont très menacées et 34 ont disparu au cours du siècle dernier ; 24 espèces de mammifères (hors mammifères marins) sur 135 et 51 espèces d’oiseaux nicheurs sur 276 sont considérées comme menacées.
Cet appauvrissement de la biodiversité est essentiellement dû à la disparition, à l’altération ou à la fragmentation des habitats par les activités humaines. L’urbanisation, l’industrie, l’agriculture intensive font disparaître les corridors d’éléments « naturels » qui offrent une continuité pour le développement et les déplacements de la faune : mammifères, oiseaux...
L’agriculture est, plus que tout autre secteur, concernée par la gestion de la biodiversité car le monde vivant est la base même de son outil de production.
Les surfaces agricoles occupent la majorité des territoires (plus de la moitié du territoire français). Sans toujours en être conscients, les agriculteurs, par la façon dont ils cultivent, aménagent et entretiennent le milieu agricole et par leurs pratiques, sont des gestionnaires des écosystèmes et de leur biodiversité.
L’activité agricole est souvent source de biodiversité, en maintenant par exemple des milieux ouverts, en entretenant deshabitatspropices à l’installation d’une multiplicité d’espèces ou en créant des milieux favorables à la biodiversité (mare, haies...). Cependant, les remembrements, l’intensification des pratiques agricoles, l’uniformisation des productions et des paysages, le recul des prairies permanentes (diminution de 25 % entre 1970 et 1995 et de 6,1 % de 1992 à 2000), la suppression des haies, arbres isolés et chemins enherbés (régression d’environ 1 % par an) ont été et sont à l’origine de pertes de biodiversité.
L’agriculture française, source de biodiversité...
Les paysages agricoles de nombreuses régions européennes sont vieux de plus de 2000 ans. En même temps que l’Homme a forgé ces paysages et ces nombreux agro-systèmes, une multitude d’espèces s’y est développée. Simultanément, la croissance continue des populations humaines et l’occupation d’espace qui y est associée, ont causé la destruction de la plupart des habitats naturels européens. Certaines espèces ont ainsi perdu leur habitat initial, et sont devenues presque entièrement dépendantes de leurs habitats secondaires généralement agricoles, pour survivre.
... mais également cause de son érosion
L’agriculture a une part de responsabilité dans la disparition des espèces : le tiers des mammifères et plus de 40 % des espèces d’oiseaux qui sont menacés en France le sont, au moins en partie, du fait de l’agriculture. Les menaces proviennent soit de perturbations liées à l’activité agricole,soit, au contraire, de la déprise agricole.
La modernisation de l’agriculture du XXème siècle a été caractérisée par l’usage important d’engrais minéraux, de pesticides, par une spécialisation des exploitations et de la réduction importante du nombre de cultures (simplification des assolements).
La mécanisation et l’usage généralisé des intrants chimiques ont permis une augmentation importante de la production agricole et de la productivité du travail. Le départ de nombreux petits producteurs a entraîné l’augmentation des surfaces des exploitations.
Ces évolutions se sont traduites par des transformations dans les usages du sol et des systèmes de production conduisant à une dissociation des cultures et de l’élevage et par la spécialisation des exploitations. La recherche de la « maîtrise » des conditions de production a justifié le développement de grands projets régionaux d’aménagement rural, d’irrigation, d’assèchement des zones humideset de drainage. De 1970 à 2000, les surfaces irrigables et les superficies drainées ont été multipliées plus de trois fois.
Depuis 1945, 15 millions d’hectares ont été remembrés. Au cours du XXème siècle, le linéaire de haies a été divisé par trois. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les rendements des prairies temporaires et artificielles ainsi que celui des céréales ont doublé. L’augmentation du troupeau bovin de 8 millions de têtes, alors que disparaissaient 5 millions d’hectares de surfaces fourragères, a été rendue possible par une augmentation importante des rendements des prairies, et par un recours accru aux céréales, aux prairies artificielles, à l’ensilage, et aux importations de soja et autres protéagineux. La profonde modification des assolements se traduit, à l'échelle des parcelles, par un raccourcissement des rotations et une extension de la monoculture, notamment pour le maïs grain et le blé. Les dates de travaux agricoles (dates de fauche, moissons précoces dûes aux variétés cultivées...) deviennent incompatibles avec la reproduction de certaines espèces. Au total, la modernisation agricole de la deuxième moitié du XXèmesiècle a donc conduit à la mise en place d’une agriculture productive, intégrée dans les secteurs de l’agro-fourniture et de l’agro-alimentaire. Parallèlement, le revenu agricole est devenu dépendant des aides publiques (PAC).
Avec plus de 60% de l’espace occupé par des surfaces agricoles, l’agriculture est le premier facteur anthropique contrôlant la biodiversité en Europe de l'Ouest.
Outre l’agriculture, d’autres activités humaines impactent fortement la biodiversité des milieux agricoles:
Urbanisation et étalement urbain
Selon un rapport présenté fin novembre 2006 à Copenhague par l'Agence Européenne pour l'Environnement (AEE), l'étalement urbain menace, par sa rapidité et sa constance, l'équilibre environnemental, social et économique de l'Europe.
Ce rapport démontre qu'un grand nombre des problèmes environnementaux constatés en Europe est causé par l'expansion rapide des zones urbaines. Les auteurs attirent l'attention sur le fait que l'Union européenne doit mettre en œuvre des mesures communes en vue de coordonner et de contrôler les évolutions territoriales urbaines.
L'étalement urbain se manifeste lorsque le taux de changement d'occupation des terres dépasse le taux de croissance de la population. Selon le rapport, plus d'un quart du territoire de l'Union européenne est déjà affecté par l'urbanisation. Les Européens vivent mieux plus longtemps et sont plus nombreux à vivre seuls, ce qui accroît la demande d'espace vital. De plus, nous voyageons et consommons davantage. Entre 1990 et 2000, plus de 800 000 hectares du territoire européen ont été urbanisés.Si les tendances observées se confirment, la superficie urbanisée de l'Europe pourrait doubler en un peu plus d'un siècle. L’équivalent de la SAU d’un département français a disparu en 10 ans.
En plus d’absorber des habitats agricoles, l'étalement des zones urbaines nécessite un accroissement de l'approvisionnement en énergie et s'assortit inévitablement du développement d'infrastructures, principalement de transport. L’urbanisation et les infrastructures provoquent de manière quasi irréversible une étanchéification des sols et une destruction des habitats. Ces évolutions nuisent à l'environnement naturel et augmentent les émissions de gaz à effet de serre, ce qui induit le changement climatique et entraîne, par ailleurs, des pollutions atmosphériques et sonores accrues.
Pollution atmosphérique
De plus en plus, des travaux signalent les effets négatifs des polluants d'origine atmosphérique sur la biodiversité. À titre d'exemple, quelques résultats en rapport avec le fluor, l'azote et l'ozone sont présentés. L'azote déposé par l'air et l'ozone troposphérique semblent être les principaux polluants affectant la diversité de la flore. De récentes études effectuées à Liebefeld (Suisse) avec l'ozone indiquent que la diminution de la biodiversité floristique des prairies peut être due à la très grande sensibilité relative des espèces. De plus amples recherches sont encore nécessaires afin de déterminer la charge critique permettant de préserver la biodiversité floristique des prairies permanentes.
Réchauffement climatique
Pour un grand nombre d’espèces d’oiseaux nicheurs en Europe, comme le Chardonneret élégant ou le Pic épeichette, les résultats sont clairs. Les changements observés sont en accord avec les prédictions de changement d’aire de distribution associées aux changements climatiques. Ces changements provoquent parfois la disparition d’espèces dans nos régions et des modifications des aires de répartition (Hirondelles, Cigognes). Par ailleurs, le réchauffement climatique est devenu une des principales préoccupations de nos sociétés. Les chercheurs de l'INRA évaluent son impact sur les populations de pucerons, insectes qui constituent une ressource alimentaire importante des écosystèmes et comptent parmi les principaux ravageurs des cultures en milieu tempéré.