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Reproduction en troupeau allaitant

des marges de progrès dans beaucoup d’élevages !

L’équipe des réseaux d’élevage Bovins Viande
Pour la chambre d’agriculture de la Haute-Marne, Gilles SAGET.

 

La réalisation d’un bilan de reproduction dans les troupeaux allaitants permet au travers du calcul de quelques critères d’analyser les résultats de reproduction en élevage allaitant pour une campagne donnée. Souvent l’éleveur a oublié un certain nombre d’évènements qui se sont produits (sous estimation du nombre de veaux morts ou de vaches vides, dérive de la date moyenne des vêlages, conservation de vaches improductives…) Il est important de prendre le temps de faire le bilan de la campagne et de l'analyser afin de mettre le doigt sur les problèmes rencontrés autour de la reproduction et sur les marges de progrès possibles.

Analyse de la période de vêlage et de leur répartition

La répartition mensuelle des vêlages met en évidence le groupage ou l’étalement des vêlages. Il est souvent préconisé d’avoir des vêlages groupés en élevage allaitant (80 % des vêlages sur 3 mois). Cela présente plusieurs intérêts : des lots d’animaux  homogènes permettant une conduite alimentaire et sanitaire adaptée aux besoins et stades physiologiques des animaux, une surveillance des vêlages et des jeunes veaux facilitée et limitée à une période, une mise en marché plus aisée…

Si les vêlages sont étalés, est-ce voulu et quelles sont les motivations de l’éleveur ?
Si les vêlages sont groupés, la période de vêlage correspond-elle au souhait de l’éleveur et est-elle judicieuse par rapport aux pointes de travail liées aux autres ateliers, à la place disponible dans les bâtiments, aux contraintes du système fourrager (pâtures séchantes, type et qualité des fourrages récoltés…), au recours ou non à l’insémination artificielle, à l’orientation du système et aux périodes de vente souhaitées ?

 

Quelle politique de réforme et de renouvellement ?

Réforme et renouvellement vont de paire et doivent être le résultat de choix de l’éleveur !
Les causes de réforme sont souvent multiples. La première est l’improductivité : une vache sans veau doit être réformée ! Il est possible de s’appuyer sur des diagnostics de gestation (par fouille ou par échographie) pour limiter les temps d’improductivité avant la réforme.
L’éleveur doit également pouvoir réformer d’autres vaches : vaches ayant une production laitière insuffisante, vaches qui sont trop décalées, vaches à problèmes (boiteries…) ou trop vieilles. Pour avoir cette possibilité, il est nécessaire d’avoir un taux de renouvellement suffisant (au moins 15-20 % pour les races rustiques et plutôt 25 % pour les autres). Différentes stratégies sont possibles. Par exemple, certains élèvent plus de génisses que le strict besoin de renouvellement pour pouvoir faire un tri pertinent en fonction d’éléments objectifs soit au moment de la mise à la reproduction, soit après le premier vêlage.

 

Analyse de la fécondité du troupeau

Elle se mesure au travers de deux critères principaux : le taux de gestation (nombre de vaches pleines / nombre de vaches mises à la reproduction) et l’intervalle entre deux vêlages (IVV). Des objectifs existent pour les différentes races allaitantes (cf. tableau 1). En matière d’IVV, l’objectif se situe à un veau par vache et par an. On peut tolérer 15 jours supplémentaires pour les primipares qui ont souvent des difficultés pour revenir en chaleur. Un IVV moyen du troupeau supérieur à 380 jours doit susciter des questions : est-ce le fait de quelques vaches très décalées ou d’IVV longs dans tout le troupeau ? Les objectifs à se fixer sont de ne pas avoir plus de 10 % des vaches à plus de 400 j et aucune à plus de 430 j.

Tableau 1 : Objectifs de reproduction par race

CRITERES DE REPRODUCTION

Charolais

Limousin

Blonde d’aq.

Salers

Taux de gestation

92%

95%

91%

96%

Mortalité globale des veaux inférieur à

 7%

 5%

 7%

 5%

Taux de renouvellement

22-25 %

20-22 %

20-25%

15-20 %

Intervalle vêlage-vêlage

370 j

370 j

370 j

370 j

Productivité numérique

88%

91%

86%

95%

Des intervalles entre vêlages trop longs sont observés dans beaucoup d’élevages (cf. tableau 2). Il convient d’essayer d’en identifier les causes qui peuvent être très différentes d’un élevage à l’autre:
    - les causes liées aux conditions du vêlage précédent : les vêlages difficiles, les césariennes, les retournements de matrice, les problèmes de délivrance ou d’involution utérine (métrites…) sont autant de conditions défavorables à la reprise d’activité ovarienne. L’éleveur a un rôle important à jouer dans le choix des taureaux, l’assistance au vêlage et les soins à la vache après vêlage pour limiter tous ces risques.
    - les causes liées à l’état sanitaire du troupeau ou à son alimentation : les vaches ne doivent être ni trop grasses, ni trop maigres, l’alimentation doit être équilibrée et il faut éviter de sous alimenter en période de reproduction. Lors de la mise à la reproduction, en fonction de l’état corporel (note d’état inférieure ou égale à 2.5), une alimentation plus soutenue pendant trois semaines améliore la fertilité de 15 à 20% (Source Arvalis). Au contraire, une alimentation trop soutenue sur des animaux avec une note d’état corporel supérieure à 3 détériore le taux de gestation. Une attention particulière doit être apportée aux primipares en leur offrant une ration un peu plus concentrée.
    - l'environnement joue aussi un rôle important et notamment les bâtiments (place suffisante, luminosité …) ou encore la période de mise à la reproduction.
    - enfin, en cas de reproduction en monte naturelle, il ne faut pas oublier les causes liées au taureau (inaptitude au saut, production de sperme défectueuse, problèmes d’aplombs, orchite, trop de vaches). En cas d’insémination artificielle, attention à bien détecter les chaleurs…Dans tous les cas, rien ne remplace la surveillance de l’éleveur !

 

Limiter la mortalité des veaux !

Là encore, des objectifs existent pour les différentes races (cf. tableau 1) et des dérives sont constatées dans de nombreux élevages (cf. tableau 2).
En terme de taux de mortalité (veaux morts / veaux nés), il faut distinguer la mortalité 0-48h (liée généralement aux conditions de vêlage et problèmes de surveillance), la mortalité 48h-90 j (souvent imputable à des problèmes de diarrhées ou respiratoires) et la mortalité 90j-sevrage (moins fréquente et souvent accidentelle).

 

Tableau 2 : moyennes constatées dans les troupeaux (départements 08-51-52) en 2009-2010

CRITERES DE REPRODUCTION

 

Charolais

Limousin

Blonde d’Aq.

Salers

Nombre d’élevages

 

58

163

89

63

Mortalité des veaux  0-200 j    

 

11%

7%

9%

8%

Intervalle entre vêlages 

Troupeaux

392 j

387 j 

399 j

385 j    

 

                                        Primipares

408 j 

405 j

427 j

397 j 

 

                                        Multipares

386 j

381 j

389 j

383 j

 Les mortalités ont donc également des causes multiples :

- problèmes alimentaires ou sanitaires,
- problèmes de logement ou d’ambiance,
- choix des taureaux,
- défaut de surveillance,
- mauvais transfert immunitaire (consommation tardive et insuffisante de colostrum après vêlage)…

 

Le nombre de veaux sevrés est la première composante du produit viande en élevage allaitant. La productivité numérique (nombre de veaux sevrés / nombre de femelles mises à la reproduction) est un critère synthétique intéressant permettant d’apprécier la maîtrise globale de la reproduction du troupeau, en terme de fécondité et de mortalité.  A titre d’exemple, une amélioration de la productivité numérique de 4% en système naisseur (54 femelles mises à la reproduction) équivaut à une hausse de 1 500€ d’EBE.

En cette fin de campagne de vêlages, prenez le temps de faire le point sur vos résultats. N’hésitez pas à contacter votre conseiller viande.

 

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