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Des exploitations laitières convalescentes en 2010

Réseaux d'élevage

Communication des Réseaux d’Elevage

L’an dernier, à même époque, nous annoncions une année de convalescence pour les exploitations laitières qui venaient de connaître une crise sans précédent. Celle-ci avait touché de plein fouet l’activité laitière sans épargner les productions qui lui sont souvent associées dans l’Est de la France : la viande et les cultures de vente.

Les prévisions de revenus pour l’année 2010 confirment un rebond de 30 à 80% par rapport aux médiocres revenus de 2009 mais sans atteindre les résultats de 2007 et 2008. Les très bons prix des cultures de vente permettent aux exploitations de polyculture élevage de rebondir plus nettement que les exploitations mixtes lait-viande. 

Une année favorable aux moissons ; plus délicate pour les fourrages

A la sortie de l'hiver 2009-2010, les stocks fourragers étaient au plus bas. Le printemps froid et sec a donné lieu à une faible pousse de l'herbe. Les récoltes en première coupe ont été inférieures de 20 à 30 % à la normale. Le déficit d’herbe au printemps a compliqué la gestion du pâturage ; beaucoup d'éleveurs ont dû complémenter les bovins à partir de fin juin - début juillet. Le mois d'août a vu le retour des pluies qui ont permis de bonnes repousses à l'automne.

Les maïs implantés en conditions sèches ont souffert en début de végétation. L’arrivée des orages a généré de fortes disparités au niveau régional. En moyenne les rendements sont inférieurs de 2 tonnes de MS à la normale.

Les conditions climatiques du printemps et notamment la période très chaude de fin juin-début juillet faisaient craindre le pire pour les moissons. Il n'en a rien été. Les récoltes, bien qu'inférieures à 2009 (année exceptionnelle), sont conformes à la moyenne des 5 dernières années, et de bonne  qualité.

Des livraisons laitières en hausse depuis le printemps dernier

Des livraisons laitières reparties à la hausse

En 2009-2010, la France avait gelé l’augmentation de quota prévue par la PAC et les entreprises n’avaient pas distribué de rallonges de quota. Ce gel de quota, combiné à la mauvaise conjoncture, avait conduit à de très fortes sous réalisations.

Pour la campagne en cours, tous les producteurs bénéficient des 2 % d’augmentation de quota et les entreprises proposent des allocations provisoires allant de 1.5 à 5 %.  Dans ces conditions et avec une conjoncture plus favorable, les livraisons sont nettement reparties à la hausse à partir du printemps 2010. Dans notre région, les livraisons de 2010 ont été de 2 % supérieures à celles de 2009 sans pour autant atteindre le potentiel de production permis par les quotas.

Les systèmes de polyculture élevage lait reprennent l’avantage

Le produit brut des exploitations laitières est de 5 à 10 % supérieur à 2009. Le produit de l’atelier lait est en hausse de près de 10 % sous l’effet combiné du supplément de livraison et surtout de la revalorisation du lait payé au producteur (+ 7 %). Malgré des rendements inférieurs à ceux de 2009, le produit des grandes cultures progresse de 20 à 30 %. Le co-produit viande de l’atelier laitier progresse plus modestement. L’année 2010 est aussi la première année d’application du bilan de santé de la PAC. Les aides évoluent de façon contrastée entre les polyculteurs qui voient leurs aides baisser et les éleveurs laitiers herbagers pour lesquels la réforme est neutre à légèrement positive.


Dans le même temps les charges opérationnelles se replient jusqu’à 12 % dans les élevages les plus intensifs. Ce retrait s’explique essentiellement par la baisse du prix des engrais (- 44 %) alors que les prix unitaires des concentrés ont peu bougé d’une année sur l’autre ; la hausse enregistrée sur le poste concentré correspond à l’augmentation des quantités utilisées.


Les charges de structure augmentent de seulement 2% malgré la forte hausse du coût de l’énergie (de l’ordre de 20 %).


Au final les EBE s’inscrivent à la hausse (20 à 40 %) ainsi que les revenus (30 à 80 %). L’augmentation est plus manifeste chez les polyculteurs qui avaient été plus affectés par la conjoncture 2009 que chez les éleveurs mixtes lait-viande qui avaient mieux résistés grâce à la viande. En valeur absolue on retrouve des revenus plus conformes à ce que nous avions connu par le passé même s’ils n’égalent pas ceux de 2007 et 2008. La hiérarchie des revenus est de nouveau plus favorable aux polyculteurs qu’aux éleveurs.

Résultats économiques 2010 et évolutions 2009-2010 dans trois systèmes laitiers de l’Est de la France.

 

Mixte lait-viande

Laitier spécialisé

Polyculture élevage

Main d’œuvre

Un couple (1.5 UMO)

GAEC  (2.0 UMO)

GAEC (3.0 UMO)

Quota

160 000 litres

400 000 litres

569 000 litres

Cheptel laitier

27 VL Prim’holstein

57 VL Prim’holstein

79 VL Prim’holstein

Cheptel viande

9 VA Li. et 17 bœufs

 

37 taurillons

SAU 

93 ha

101 ha

240 ha

dont herbe

73 ha 

58 ha 

75 ha 

dont maïs ensilage

6 ha

13 ha

30 ha

dont cultures de vente

14 ha

30 ha

135 ha

 

 

 

Mixte lait-viande

Laitier spécialisé

Polyculture élevage

 

2010 (€)

Evolution 10/ 09

2010 (€)

Evolution 10/ 09

2010 (€)

Evolution 10/ 09

Produit brut

119 100

7%

206 500

9%

461 000

9%

dont lait

51 600

9%

128 900

9%

183 400

9%

dont viande

28 600

3%

20 300

7%

56 000

3%

dont cultures

11 500

21%

28 300

23%

146 500

27%

dont aides

27 500

4%

29 100

0%

75 000

-10%

Charges opérationnelles

33 900

0%

60 800

-10%

140 600

-12%

dont concentrés

9 700

5%

24 200

5%

50 600

5%

Charges de structure *

39 300

2%

62 100

2%

125 900

2%

dont énergie**

7 700

18%

11 000

20%

26 000

20%

EBE

45 100

20%

83 600

39%

194 400

41%

Revenu disponible / UMO 

21 100

32%

27 700

74%

43 600

76%

* Hors amortissements et frais financiers
** Carburant, eau, gaz et électricité

L’embellie devrait se poursuivre au moins jusqu’à l’été prochain

Depuis une dizaine d’années, la production mondiale de lait a du mal à satisfaire la demande en produits laitiers. Dans le même temps, le démantèlement progressif des outils de régulation de  la politique agricole commune, expose plus directement les producteurs aux aléas du marché et limite de ce fait la visibilité à terme. Aujourd’hui, la bonne tenue des marchés devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’été. Au delà, ils dépendront du redémarrage de la production dans des pays qui ont connu de graves perturbations climatiques (Nouvelle Zélande et Russie notamment).

Dans le même temps les coûts de production devraient rester élevés en lien avec le prix des produits pétroliers et  des engrais. Les cours élevés des céréales et des tourteaux devraient contribuer à maintenir des prix forts sur l’aliment du bétail au moins sur le premier semestre. Malgré l’embellie attendue du prix du lait, c’est aussi la bonne maîtrise des intrants qui continuera, comme par le passé, à garantir le bon revenu des éleveurs.

 

L’analyse des résultats de l’année 2010 apparaît plutôt positive pour nos exploitations laitières et nous donne de bonnes raisons d’espérer dans l’avenir. Mais, dans nos régions de polyculture élevage de l’Est de la France, le contexte de prix actuel relance la concurrence entre productions animales et productions végétales pour l’utilisation des terres labourables. Cette situation est moins propice à l’activité laitière, qui présente plus de contraintes et nécessite plus de travail comparativement aux grandes cultures. Pourtant la filière laitière est un atout dans notre région à travers les produits qu’elle génère, les territoires qu’elle façonne et les emplois qu’elle procure. Comment saurons-nous, collectivement, lui donner la perspective nécessaire à  toute activité durable ?

L’équipe des Réseaux d’Elevage Lait
Pour la Chambre d’Agriculture de Haute Marne : Daniel COUEFFE
Pour l’Institut de l’Elevage : Dominique CAILLAUD

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